Mercredi 19 octobre 2011
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Ceux qui m'ont accompagné l'année dernière dans ce périple asiatique dans les pas d'Henri Mouhot sont déjà familiers des
termes (noms de lieux ou de personnes) et des particularismes culturels des contrées fréquentées.
Ce passage au Kbal Spean s'est fait au mois de juin 2010, la saison des pluie tardait à arriver et les cours d'eau
étaient donc en période d'étiage. Quelques orages annonciateurs de la mousson ponctuaient une athmosphère lourde et électrique.
Le niveau du Kbal Spean s'en trouva donc fort bas; nulle cascade bondissante et pas de vasque d'eau claire pour se
rafraîchir. En revanche, le peu d'eau permettait de voir tous les bas-reliefs et transformait la rivière en un somptueux miroir ou la lumière du soleil jouait avec les dégradés de couleurs ocres
tapissant son lit.
De 802 à 1432 les monarques khmers se sont succédés en établissant la puissance de
l'empire. Angkor, la ville, comptait à son apogée 1 million d'habitants et l'empire s'étendait jusqu'en Malaisie et en Birmanie. Les centaines de temples,
Angkor Vat, le Bayon, le Ta Prohm ou le Baphuon, ne sont que la partie sacrée de ce qui fut
un immense centre politique, économique, social et religieux. Le reste de la ville, palais, maisons ou bâtiments publics, constructions de bois, a disparus depuis longtemps.
Les différentes guerres qui l'opposèrent aux Siamois (Thaïlande)
et aux Chams (Viet Nam), l'envasement des systèmes d'irrigation (Angkor était une ville hydraulique), la surpopulation et la déforestation annoncèrent le déclin du
royaume.
La ville fut abandonnée après sa mise à sac par les Siamois en
1431 mais n'a jamais cessé d'être un lieu de culte.
Les premiers explorateur occidentaux (dont Henri Mouhot) eurent
la joie et la surprise de découvrir les restes des temples enfouis dans une épaisse végétation tropicale.

L'hindouisme fut la religion d'État jusqu'au début du règne de Suryavarman
1er qui favorisa l'expansion du bouddhisme dans l'empire, et le redevint après la mort de Jayavarman VII (le roi des
dieux-rois), vers 1219.
D'où la profusion de temples et de sites dédiés aux divinités hindoues :
Shiva, Brahma et Vishnou. Le Kbal Spean en est un exemple atypique puisqu'il n'eut jamais
de temple : la rivière, la roche et la forêt constituant un sanctuaire naturel.

Il faut deux bonnes heures de tuk tuk depuis Siem Reap
pour arriver en bas du chemin tortueux qui grimpe à travers la forêt et qui permet d'accéder, 2 kms plus haut, au site du Kbal Spean.
Ce lieu très particulier fut découvert en 1969 par l'ethnologue Jean
Boulbet (membre de l'École Française d'Extrême Orient : EFEO).
La zone fut inaccessible de 1975 jusqu'en 1998 du fait de la guerre et des nombreuses
mines antipersonnel disséminées sur ce plateau stratégique. La route nationale 67 qui rallie Anlong Veng, dernier bastion de Pol Pot
et des Khmers Rouges, traverse en effet le Phnom Kulen qui est la montagne la plus sacrée pour les
Khmers.

A partir du XIème siècle, le caractère sacré des rivières qui du Phnom
Kulen vont arroser Angkor (la Ville, séjour des meilleurs des hommes, les rois khmers).
est explicité par la réalisation, sur les roches affleurantes, de ces bas-reliefs qui renforcent l'assimilation des cours d'eau, tel ici la rivière Kbal Spean, à la
Ganga (le Gange), le fleuve sacré de l'Inde et la montagne, Phnom Kulen à l'Himalaya
résidence des dieux.

Kbal Spean signifie tête de pont et doit ce nom à un
long rocher qui traverse la rivière, qu'on appelle aussi la rivière aux mille lingams.
L'eau du Kbal Spean donne naissance au Stung
Russei, qui alimente à son tour le Stung Puok et Stung Siem Reap qui rejoint le Tonle Sap qui se jette
dans le Mékong qui finit par se mêler aux eaux de la Mer de Chine.
Entre le XIème et le XIIIème, les rochers constituant le lit de la rivière furent sculptés
des visages des divinités hindoues et jalonnés d'une profusion de lingams et de yonis, les symboles masculins et féminins du culte shivaïste, mais aussi d'animaux tels la
grenouille ou le taureau (Nandi, véhicule de Shiva).

Vishnou couché sur son lit de serpents, l'océan
primordial, méditant dans son sommeil cosmique entre deux Ères. De son nombril sort Brahma sur un bouton de lotus qui va créer un nouveau
monde.
Je présenterai "Kbal Spean, la rivière aux mille lingams"
à la Vème biennale des Arts Plastiques de
Franche Comté à Micropolis
Besançon les 21, 22 et 23 octobre 2011.
stand 113