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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 14:29
statue de Pavie à Vientiane
statue de Pavie à Vientiane

Plutôt que de me lancer dans une longue paraphrase, je me permets de citer intégralement la lettre du Souvenir Français de Chine postée par Michel Nivelle le 2 décembre 2009.

J'espère qu'il me pardonnera pour ce long et précieux emprunt ... quand il s'agit de mémoire !

J'avais moi-même recueilli le témoignage de Guy Lherbier lors de notre rencontre à Vientiane en juin 2010.

Auguste Pavie, explorateur, diplomate et écrivain, est honoré en plusieurs villes par des noms de rues, à Paris, Rennes et Dinan, d’un établissement scolaire à Guingamp, mais aussi par des statues à Dinan et à Vientiane au Laos.

Au début des années trente, a Vientiane, un terrain faisant face au Mékong, aujourd’hui occupé par les jardins de la piscine de l’hôtel Lane Xang fut dégagé, aplani et transformé en place gazonnée, plantée de cocotiers et bordée de flamboyants. Elle fut dénommée Place Pavie. En son centre fut érigé en 1933 un monument à la mémoire d’Auguste Pavie.

Dû au ciseau du sculpteur français Paul Ducuing (1867-1949) et réalisé en bronze dans le style « exposition coloniale », il se composait de deux éléments : la statue de Pavie proprement dite et le groupe de deux « offrants » composé d’un laotien et d’une laotienne en bronze. Un socle de pierre portait une plaque de marbre avec l’inscription « Auguste Pavie 1847-1925 ».

Les Offrants de la statue dans le jardin du wat Haw Pha Kaeo © 2010 C. Simon
Les Offrants de la statue dans le jardin du wat Haw Pha Kaeo © 2010 C. Simon

A partir de la seconde guerre mondiale, cette statue connut une vie assez mouvementée. En mars 1947, à la prise de pouvoir par les Japonais, le monument fut démonté, la statue déposée dans un coin de la place, le socle détruit et le groupe des deux offrants {remisé}dans la cour du Vat Ho Phra Keo voisin.

A la reprise de la ville par les Français, la statue de Pavie fut placée sur un petit socle de brique en bordure de la Place et y resta seize ans. La construction de l’hôtel Lane Xang entraina son transfert.

Apparemment, celui-ci fut d’abord envisagé vers un petit square aménagé à cet effet en bordure du boulevard Khoun Boulom, mais cet emplacement fut retenu par Électricité du Laos pour la construction d’un transformateur. La statue fut alors remise a l’ambassade de France, tandis que le groupe des deux offrants était définitivement installé au centre d’une pelouse a l’ouest du Vat Ho Phra Keo.

En 1972, l’ambassadeur de France profita des travaux de réaménagement des bâtiments et jardins de l’ambassade pour installer la statue dans les jardins de la chancellerie en bordure de l’avenue Setthathirath, d’abord tournée vers la grande porte d’entrée, puis vers la rue. Elle y resta jusqu’en 1978.

Cette année-là les autorités lao exigèrent qu’elle fut remisée a l’intérieur même des locaux de l’ambassade pour éviter d’être vue par les passants.

Statue de Pavie au dessus du cénotaphe d'Henri Mouhot © 2010 C.Simon
Statue de Pavie au dessus du cénotaphe d'Henri Mouhot © 2010 C.Simon

Aujourd’hui cette statue se trouve a nouveau dans les jardins de la chancellerie mais tournée vers la porte du bâtiment. En effet le portail principal d’entrée a été déplacé vers une autre partie de la concession diplomatique, ce coin de jardin est maintenant entièrement fermé à la vue extérieure.

Quand au groupe des deux offrants, il est a l’heure actuelle l’une des pièces les plus admirées du Musée de la Révolution (??? lors de mon séjour à Vientiane en juin 2010 le groupe était encore dans le jardin du Wat Haw Pha Kaeo. C.S.). Ils sont considérés par les jeunes comme les génies protecteurs des amoureux. Garçons et filles font bien souvent des offrandes de fleurs après s’être fait photographier en leur compagnie.

Une deuxième statue identique a celle de Vientiane fut érigée a Luang Prabang. Cette dernière fut soclée mais sans offrants et placée vers le versant est du Phou Si sur une place au nom du Diplomate/Explorateur en face du Cercle Militaire Français.

Après la reconnaissance du Laos comme état souverain par les Nations Unies en 1955, la France maintint une Mission Militaire dans le pays avec une antenne a Luang Prabang dont la résidence allait désormais abriter la statue de Pavie, jusqu’à sa mystérieuse disparition peu avant l’occupation de la ville par les forces du Pathet-Lao.

C’est à M. Guy Lherbier, résidant de Luang Prabang et membre du Souvenir Français que nous devons l’éclairage sans précédent sur cette histoire méconnue et qui mérite que nous nous y attardons.

Pour ce faire je vous livre tel quel et pour la première fois, le récit fait par l’Attache Militaire Français a Luang Prabang en 1974-1975 dans une lettre manuscrite a un officier supérieur en 2000.

"A côte d’une imposante minorité chinoise et vietnamienne ( plus de 2’000 ), vivaient, dans la capitale royale, une centaine de citoyens français de souche : fonctionnaires et militaires, enseignants ou jeunes coopérants ou métis franco-laotiens bien implantes.

Une collectivité U.S., militaires ou fonctionnaires de la C.I.A. assez fournie ( avec leurs familles )

Une mission humanitaire suisse ( une douzaine de personnes )

Une mission catholique ( une évêque et une douzaine de prêtres, tous italiens) très en contact avec les Moïs

La raison d’être des missions consistait à collaborer et à aider le Gouvernement Royal Lao. Les minorités asiatiques occupaient des positions enviables surtout dans le commerce et paraissaient bien intégrées.

Cependant, bien avant d'être occupée militairement par les Pathet-Lao, il était perceptible que Luang Prabang baignait dans une atmosphère trouble. Les troupes communistes stationnaient non loin de la ville et à l’intérieur, de nombreux agents Pathet étaient aux aguets et travaillaient en sous-main les fonctionnaires et les milieu étudiant. Les dirigeants communistes étaient au courant de tout et je n’avais pu en avoir meilleure preuve que la présence du Prince Souphanouvong à la table de son demi-frère le Prince Souvannah Phouma, le Premier Ministre ( féru de bridge ), à chaque fois que mon épouse et moi fûment conviés chez ce dernier ( s’entend dans les six premiers mois de 1975 ).

"En juillet 1975, la déroute sud-vietnamienne et de ses alliés U.S. ne faisait plus aucun doute et c’est dans ce contexte que la cellule américaine de Luang Prabang s’apprêta à déguerpir. Des lors tous les regards des collectivités étrangères, y compris des minorités asiatiques et aussi de nombreux laotiens se tournèrent vers la Mission Militaire Française. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’était pas le moment de céder à la panique, mais bien plutôt de faire preuve d’assez de lucidité et de sang-froid pour limiter les effets de débordements de manifestants manipulés par un parti triomphant et avide de revanche dont nos ressortissants auraient eu à faire les frais.

"Vos interrogations sur les pérégrinations de la statue Pavie à Luang Prabang et les questions que vous me posez pour obtenir plus de détails sur les circonstances de sa triste fin m’amènent à élargir un peu plus le cadre dans lequel cette affaire s’est située, en vous brossant brièvement, si je le puis, un tableau de la situation des Européens dans cette ville, au cours des six derniers mois de 1975. Début août, quelques manifestations estudiantines eurent lieu devant la Mission et la statue de Pavie fut conspuée. Peu après, un groupe d’officiers Pathet, qui avant même l’occupation de la ville, commençaient à se montrer, pénétra, sans y être invité, dans l’enceinte de la Mission et entoura la statue de Pavie, qu’ils regardèrent en silence. Le groupe se retira lorsqu’on me vit sortir de la résidence pour me diriger vers eux. Tout cela montrait clairement que cette statue, symbole à leurs yeux, du colonialisme haï, risquait bientôt de servir de pierre d’achoppement dans nos relations avec le Pathet-Lao et de devenir, à brève échéance, une source d’ennuis lorsqu’ils deviendraient les maitres de la ville.

"J’en rendis compte à mes autorités a Vientiane de manière informelle ( probablement par lettre à l’E.M. à moins que ça soit au cours d’un entretien avec un émissaire ; il ne me semble pas que ce fut par radio ), Peu après, Vientiane ( toute autorités confondues ) me fit savoir que la statue de Pavie devait disparaitre. J’avais toute latitudes quant aux modalités et il ne fut jamais question d’en rendre compte. J’assume donc entièrement les détails de l’opération que je vous ai décrits dans ma lettre précédente et qui me semblèrent les plus appropries. (Si mes souvenirs sont bons, Guy Lherbier me raconta que cet officier avait jeté la statue dans le Mékong ! C.S.)

Ce qui se passa par la suite à Luang Prabang montra que la disparition de cette statue désarma en grande partie les marques d’hostilité Pathet à notre égard. Je vous en laisse juge :

Après la déconfiture U.S. à Saïgon les Américains de Luang Prabang partirent en catastrophe. Le jour suivant, ce fut le sac de leur légation par une foule vociférante.

Des la semaine qui suivit, la mission helvétique fut déclarée persona non grata et dut, sans tarder, évacuer les lieux. Elle était soupçonnée d’avoir voulu accoutumer la population à des produits "capitalistes"( Nestlé, Unilever, pharmacie etc…)

Quelques jours plus tard les prêtres italiens, accusés de collusion avec la population moï (qu’ils évangélisaient ) qui avait certes partie liée aux U.S., étaient expulsés sans autre forme de procès.

Dans le même temps, nous avions à affronter toujours des manifestations ( devant la mission et devant ma propre résidence ). Au cours de l’une d’elles, les étudiants dévissèrent les plaques de la mission. Motif : Un arc-en-ciel tricolore surmontait l’emblème Lao. J’eus le plus grand mal à les récupérer.

Il fallut aussi réconforter puis faire sortir de prison quelques notables franco-laotiens bien compromis avec l’ordre ancien.

Chercher le contact avec les autorités qui se dérobaient sournoisement.

Assister de loin à la décomposition de l’ordre ancien : déportation des officiers, généraux en tête.

Observer la main mise Pathet sur la ville ; méthodique et efficace car les communistes étaient depuis longtemps renseignés.

– Planifier au jour le jour le plan d’évacuation de nos ressortissants.

Brûler discrètement mais méthodiquement nos archives.

Gérer et administrer, comme s’il ne se passait rien, la Mission.

Diligenter une enquête de vol de petit matériel dans les locaux de la mission qui aboutit à la découverte du coupable : Le plus jeune et le plus récent employé de la mission.

Marquer notre intérêt discret à la communauté catholique.

Se maintenir en liaison radio ( quotidiennement ) puis courrier ( épisodiquement ) avec les autorités de Vientiane qui malgré les soubresauts plus aiguës qui agitaient la capitale politique, nous témoignèrent toujours un appui et une sollicitude sans failles.

Cela nous amène au début 1976. Le transfert des locaux, le départ par avion s’effectuèrent sans heurts. Les jeunes coopérants restèrent sur place et ne furent jamais inquiétés.

Je crois, mon Général, dans cette situation, avoir répondu à toutes vos questions. Je ne suis resté qu’un an au Laos et ce n’était pas la bonne année. Je ne puis donc rien vous apprendre sur les antécédents de la statue ( question 1). Pour ce qui est des questions 2, 3, 4 il n’existe rien de plus que ce que je vous ai révélé.

Je vous laisse le soin de dire aux éventuels détracteurs qui poseraient des questions incongrues à ce sujet que, par la disparition de sa statue, Pavie a continue à jouer un rôle bénéfique et tutélaire en préservant la communauté française de toute violence, en prolongeant notre influence dans le pays pour le maintien de nos coopérants et en nous permettant de nous retirer sans dommage, et notre heure, la tête haute.

Veuillez, mon Général, agréer l’expression de mes sentiments respectueux."

Statue de Pavie au dessus du cénotaphe de Henri Mouhot © 2010 C.Simon
Statue de Pavie au dessus du cénotaphe de Henri Mouhot © 2010 C.Simon

Guy Lherbier soucieux de voir se perpétuer la mémoire d’Auguste Pavie a Luang Prabang a pris l’initiative de reproduire a l’identique la statue de Pavie en béton armée et se trouve aujourd’hui dans son jardin a Luang Prabang.

Depuis fin 2008, M. Lherbier a placé la statue sur le site Mouhot .

27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 11:45
Règlement de l'affaire du Preah Vihear - Article de Florence Evin dans le monde du 3 janvier 2015
Malgré plusieurs demandes réitérées auprès du journal "le Monde" et restées sans réponse, je me permets tout de même de citer ce remarquable article de Florence Evin.

Il semblerait que le problème de frontière remontant maintenant à plus de soixante ans soit enfin réglé.

Reste à espérer que les gouvernements des deux pays concernés (Cambodge et Thaïlande) respecteront la décision de la cour Internationale de La Haye.
__________________

"Décembre 2014. Trente convives sont au coude à coude autour d’une nappe blanche sous un auvent de bois. Le pique-nique a été dressé à l’ombre du temple de Preah Vihear, vaisseau céleste dont la proue redessine la chaîne des Dângrêk, frontière disputée entre Thaïlande et Cambodge. Sok An, le vice premier ministre cambodgien, a organisé le repas pour annoncer « une lune de miel avec la Thaïlande ».

Après soixante ans de conflit armé entre les deux prétendants, la Thaïlande revendiquant une partie du site sacré, le retournement de situation tient du miracle. Les ambassadeurs et conseillers venus exprès de Phnom Penh, les responsables de l’Unesco et les archéologues, historiens et architectes en restent cois.

Après soixante ans de conflit armé entre les deux prétendants, la Thaïlande revendiquant une partie du site sacré, le retournement de situation tient du miracle. Les ambassadeurs e conseillers venus exprès de Phnom Penh, les responsables de l'Unesco et les archéologues, historiens et architectes, en restent cois.

Le temple ciselé dans le grès au Xème XIIème siècles, haut lieu de pèlerinage de l'empire khmer, va enfin être restauré. Ancré au bord d'un précipice de 625 mètres, ce sanctuaire spectaculaire était l'objet d'un litige récurrent , le royaume de Siam n'acceptant pas le tracé de la frontière de 1907 donnant le site au Cambodge, alors sous protectorat français. En 1954, un an après l'indépendance du pays, il occupe le site. En 1962, la Cour Internationale de La Haye réaffirme la souveraineté des Khmers sur le temple.

En 2009, après avoir reçu le label de Patrimoine mondial de l'Unesco au titre du Cambodge, puis en 2011, Preah Vihear est de nouveau attaqué par le royaume de Siam, qui tente d'en déloger les Cambodgiens. Six morts, des dizaines de blessés et des milliers de déplacés sont dénombrés du côté khmer. Le 11 novembre 2013, la Cour Internationale de La Haye réaffirme l'autorité du Cambodge sur le temple disputé. Un an plus tard, finalement, la Thaïlande s'incline.

Dans la chaleur moite, un garde du corps agite un morceau de carton en guise d'éventail pour rafraîchir l'orateur. Sok An s'enflamme à sa manière d'une vois posée : « On ouvre une nouvelle page de coopération, une nouvelle histoire de Preah Vihear. » Sur 155 hectares, le temple est à préserver, comme son paysage de 2600 hectares (zone tampon). « Nous allons construire des maisons, de écoles, installer l'électricité, des pompes à eau, 4800 familles ont beaucoup souffert », poursuit Sok An.

2700 marches en bois.

Lors de notre première visite ne 1998, Preah Vihear n'était accessible que depuis la Thaïlande, via une autoroute asphaltée de frais et une billetterie aux allures de centre commercial : le dimanche, jusqu'à dix mille touristes et des bonzes en robe safran affluaient, par cars entiers, de tout le royaume de Siam. Le temple, juste rouvert, avait un franc succès. Une manne.

Pour accéder au sanctuaire côté cambodgien, il fallait alors passer la frontière, un méchant grillage gardé par des soldats logés dans des huttes de paille. Les Khmers Rouges, très présents dans la région, venaient d'annoncer leur reddition. Un paludisme ravageur, le manque d'eau potable et de nourriture maintenaient une misère criante.

Aujourd'hui, côté Cambodge, une piste en partie carrossable donne accès au site par un système de navette organisé par la communauté locale. Mais c'est par les 2700 marches de bois – montées sur l'ouvrage de grès qu'empruntaient les pèlerins – qu'il faut grimper pour prendre la mesure du site vertigineux : deux heures trente d'escalade sous un soleil de plomb pour atteindre le vaisseau sacré.

Une fois au-dessus de la jungle touffue, le regard dévale l'horizon sur une plaine sans fin. Angkor est à 140 kilomètres, Wat Phu, au Laos, à peine plus. La légende dit que la première pierre de Preah Vihear serait le linga de Shiva, symbole phallique de la fertilité, provenant de ce temple. Selon une inscription, le dieu a ordonné que son linga soit installé sur ce promontoire pour être vu du monde entier.. Le mythe est bien vivant. »Des empreintes du pied de Shiva ont été relevées à plusieurs endroits », affirme Sachchidanand Sahai, l'historien indien qui a exploré le site durant deux ans. Sur les frises et les reliefs sculptés, la divinité du panthéon hindou que les anciens rois khmers vénéraient tient la première place.

Après l'escalier, il faut encore de l'énergie pour remonter l'axe central du sanctuaire, une chaussée ascendante, pavée sur 800 mètres, qui conduit aux portiques monumentaux, les gopura, desservant les cinq pavillons dotés de cours et de chapelles. Cette chaussée sacrée est bornée de boutons de lotus en grès figurant les grains d'un chapelet que le pèlerin dénombre en récitant des mantras sur le chemin de la destination finale.

« Le premier pavillon symbolise l'espace infini, explique le professeur Sahai, spécialiste de Shiva, qui a étudié la cosmogonie de Preah Vihear. Le deuxième pavillon, aux neuf portes, représente le corps humain aux neuf ouvertures » et ainsi de suite jusqu'au sanctuaire principal, le dernier des édifices. Sans ouverture, fermé sur lui-même autour d'un charmant cloître rappelant nos édifices romans, il est, au bord du précipice, l'espace privé du dieu : « quand on y accède, les dernières démarches de la vie spirituelle sont accomplies. »

La beauté du site touche autant qu'elle impressionne par sa force dépouillée. Appareillage de grès sombre sur un tapis de verdure, Preah Vihear est une scène de théâtre à ciel ouvert, sur laquelle Shiva, le créateur-destructeur, exécute sa danse cosmique. Sur les linteaux et les frontons, le tailleur de pierre représente Shiva dansant sur la tête grimaçante de Kala, le monstre à longs crocs qui, de sa langue démesurée, avala le temps. « C'est l'embrasement final, l'extinction du temps par le feu éternel » commente M. Sahai. Shiva détruit pour recréer. « La danse cosmique ne cesse jamais ».

La structure même du temple, tenue par le rocher sur lequel il repose, demeure solide. La plupart des parties sculptées sont debout. Les grands portiques à colonnades, des blocs monumentaux assemblés à vifs, comme ceux des voûtes, sont, eux, en partie écroulés. Le programme des travaux de restauration sera validé par le comité international de coordination de Preah Vihear (CIC-PV) créé le 3 décembre 2014, sur le modèle même de celui d'Angkor (CIC Angkor).

Danse cosmique

Ce comité est placé sous l'attention vigilante d'Azedine Beschaouch, secrétaire général des deux CIC, qui veille sur les vestiges des anciens rois khmers depuis vingt ans. Si la restauration du vaisseau céleste semble un jeu d'enfant au regard de la complexité des temples d'Angkor, sa dimension esthétique liée à l'environnement spectaculaire de Preah Vihear est une autre affaire. Les bâtisseurs se sont servis de l'aérienne plateforme comme carrière, tout en composant un paysage artificiel à préserver.

M. Beschaouch est convaincu du « lien entre ce paysage et sa fonction religieuse ». Là, « un mur s'est affaissé, fait-il remarquer. Dans sa course, il forme des vagues. A l'école de la conservation, il ne faut pas oublier l'esthétique », insiste-t-il. Avec sa détermination sans faille, l'archéologue tunisien, membre de l'Institut de France, décidé à préserver l'harmonie dans son authenticité, a chiffré le coût des travaux à réaliser sur dix ans : 15 millions de dollars (15 millions d'euros. Reste à convaincre les mécènes.

Pour l'heure, le sanctuaire demeure une forteresse bien gardée. De l'escalier qui monte à l'assaut de la falaise, la présence militaire impressionne. Les bunkers sont dissimulés dans la végétation, les soldats sont armés. Mais, dans leurs hamacs, à l'abri du feu solaire, ils affichent plus de nonchalance que de vigilance.

Il n'est plus question de permettre l'accès direct au temple par la Thaïlande comme par le passé. Mais, précise Sok An, le vice-premier ministre cambodgien, « Le transport des touristes sera organisé depuis la frontière de Tra Tao, à cinq kilomètres de là, ils passeront par le nouvel écomisée, où seront délivrés les billets d'accès ».

Lorsque le CIC s'est réuni à huis clos, Nuttavudh Photisaru, secrétaire général adjoint du ministère thaïlandais des affaires étrangères, a déclaré son soutien à la sauvegarde du temple, se disant prêt à apporter toute la documentation scientifique que son pays possède. Sa récente nomination comme ambassadeur au Cambodge est de bon augure".

Florence Evin Le Monde 13/01/2015

26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 08:12
Site internet www.christiansimon-iciouailleurs.com

De nouvelles pages sont visibles su mon site internet.
Bienvenus, bonne lecture et bon voyage.

http://www.christiansimon-iciouailleurs.com/
15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 16:50
15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 15:03
L'ancien Bokor Palace envahi par les lichens oranges et le début de réhabilitation en 2014.
L'ancien Bokor Palace envahi par les lichens oranges et le début de réhabilitation en 2014.
L'ancien Bokor Palace envahi par les lichens oranges et le début de réhabilitation en 2014.
L'ancien Bokor Palace envahi par les lichens oranges et le début de réhabilitation en 2014.
L'ancien Bokor Palace envahi par les lichens oranges et le début de réhabilitation en 2014.
L'ancien Bokor Palace envahi par les lichens oranges et le début de réhabilitation en 2014.
L'ancien Bokor Palace envahi par les lichens oranges et le début de réhabilitation en 2014.

L'ancien Bokor Palace envahi par les lichens oranges et le début de réhabilitation en 2014.

En 2002, alors que j'effectuais une mission comme photographe bénévole pour Handicap International dans le sud-est asiatique, je découvrais ce lieu insolite et à l'époque oublié ...

Lors de mon voyage dans les pas de Henri Mouhot qui donna naissance à ce blog, je suis retourné sur les lieux en découvrant les grands changements décrits alors. ***

Cette ancienne station d'altitude française perchée à 1080 m d'altitude et surplombant le Golfe de Thaïlande, permettait à l'élite de venir se rafraîchir pendant les périodes les plus chaudes. Construite entre 1917 et 1921 par des travailleurs forcés cambodgiens, dont beaucoup moururent, elle comportait différents établissements luxueux : le Bokor Palace, un grand hôtel casino (inauguré en 1925), d'autres hôtels de moindre catégorie, une poste, une église, quelques villas et un étrange château d'eau.

La station a été abandonnée deux fois, en 1940 avec l'invasion des forces vietnamiennes et des Khmers Issarak (Khmers libres) lors de la lutte pour l'indépendance et en 1972 quand le régime de Lon Nol l'abandonna aux Khmers Rouges. Elle n'a plus jamais été habitée, sauf par la guérilla khmère rouge et par les Vietnamiens quand ils vinrent libérer le peuple khmer de la sauvagerie de la clique à Pol Pot. Sa position stratégique valut de très longs et violents combats en 1979.

Avec la fin de la guerre, le plateau du Bokor fut classé parc national.

L'ancienne route pavée existait encore lors de mon premier passage en 2002. Elle serpentait sous les frondaisons obscures d'où s'échappaient les cris de la forêt et les vols lourds, mais majestueux des calaos. On voyait rarement le ciel …

Les jeunes de Kampot y montaient le week-end pour faire des fêtes entre copains et copines, échappatoires aux règles strictes de la société traditionnelle qui limitent les contacts entre garçons et filles.

Suite à un accord signé en 2008, un gigantesque projet hôtelier évalué à un milliards de dollars est lancé.

La compagnie Sokha Hôtels avait déjà posé les fondations d'un luxueux complexe hôtelier et l'avenir de ces vénérables bâtiments envahis par des lichens oranges me semblait alors définitivement menacé.

Juin 2010 : la route pavée n'existe plus. Un vaste chantier l'a transformée en une large piste de latérite le long de laquelle s'activent des centaines d'ouvriers et où circulent des convois d'engins de chantiers et de camions chargés de matériaux divers. Bien évidemment, cela a nécessité un déboisement massif au détriment des règles qui gèrent ce parc national.

Octobre 2014 : plusieurs hôtels 3 et 5 étoiles sont opérationnels. Un golf 18 trous, un casino, des piscines et autres attractions sont à la disposition des résidents.

La parc naturel du plateau du Bokor où une flore et une faune particulière s'épanouissaient, n'existe pratiquement plus.

L'ancien Bokor Palace est nettoyé, enduit et attend d'être réhabilité ou d'être transformé en musée.

Retour à mai 2010.

… Les premières villas sont facilement accessibles depuis la route, abandonnées, puis occupées par les Khmers rouges, elles ont été, depuis, pillées et ne sont plus que ruines.

Plus avant, une pagode rénovée en 1994. Un peu plus loin une intéressante église dont le clocher est encore surmonté de sa croix miraculeusement épargnée. De loin elle apparaît encore intacte et sa silhouette se découpe, hiératiquement sur le fond des nuages qui montent de la plaine.

La poste et les vestiges de ce que furent des hôtels de luxe jalonnent le chemin qui mène au casino lequel surplombe les polders de Prey Nup et d'où la vue porte jusqu'à la mer et Kampot.

Le béton est devenu lépreux à force de moussons et un curieux lichen orange s'est mis à le coloniser.

Cinq étages d'une curieuse et impressionnante architecture. Une immense salle de bal au sol de marbre, s'ouvrant sur une terrasse à la vue imprenable surplombant ce qui devait être un jardin à l'intention des hôtes de passage et à l'autre extrémité, une cheminée massive.

L'imagination nous renvoie aux années folles de la colonisation.

Apparaissent alors les Bugattis et Hispano Suiza des années 1930 ou les tractions avant Citroën et Peugeot 203 décapotables des dernières années de la fin de l'empire, s'arrêtant en file devant le perron où les voituriers empressés attendaient pour ouvrir les portières aux dames en crinoline et aux messieurs en habits.

Le champagne coulait alors à flot et du haut des terrasses sous l'éclairage laiteux de la lune, au dessus de la forêt tropicale embrumée d'où parvenaient les dialogues de la vie sauvage, des idylles naissaient, des intrigues se nouaient, tandis que des fortunes se faisaient ou se défaisaient autour des tapis verts et des roulettes dans les volutes bleutées et aromatisées des grands crus de havane.

Tournoiement des couples enlacés dansant sur le marbre, feu crépitant dans la cheminée monumentale, salons et restaurants bourdonnant des discussions ponctuées d'éclats de voix ou de rires sur fond de musique légère dispensée par un orchestre jouant les airs à la mode ... l'avenir était sombre et incertain, mais l'insouciance de ces soirées-là permettait, momentanément, de mettre de la distance avec les réalités qui auront vite fait de vous rattraper le lendemain matin ...

C'était le bon vieux temps de colonies !!!

*** relire et revoir l'article "Enfin Kampot" du 31 mai 2010

6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 06:35

... Rien de nouveau concernant la situation du Preah Vihear et les recherches concernant Henri Mouhot sont au point mort pour l'instant.

Voici donc un article intéressant relatif à l'immobilier en Thaïlande paru dans le numéro du mois de serptembre de Gavroche.

Thaïlande : l’immobilier peu impacté par le coup d’Etat

 

Avec 19 coups et tentatives de coup d’Etat depuis 1932, la Thaïlande n’en est plus à son coup d’essai. Néanmoins, à chaque fois, le pays montre sa résilience. Le royaume continue son développement et attire toujours les investisseurs, expatriés et touristes.

D’un point de vue économique, on constate une sorte de consensus au niveau national, tous les partis ayant conscience de l’importance de l’investissement et du respect des accords avec les partenaires régionaux et mondiaux. Ainsi, même si les gouvernements se succèdent, l’impact économique est généralement très faible, et la situation actuelle peut même rassurer les acteurs économiques privilégiant la stabilité, comme l'atteste la hausse de plus de 10% de la bourse thaïlandaise.

Parmi les segments de l‘immobilier qui se portent bien, le marché de l’immobilier de luxe se distingue. Dans une interview réalisée par The Nation, Sarapoj Techakraisri, promoteur du luxueux projet Maha Nakhona, déclare que « même si l’instabilité politique qui perdure depuis l’année dernière a conduit à un coup d’Etat, la demande pour les condominiums de luxe continue d’augmenter, aussi bien chez les clients thaïlandais qu’étrangers ».

On observe une montée des prix dans le secteur du luxe, favorisée par une demande forte et une offre limitée. La valeur du mètre carré a atteint le seuil des 5000 euros (230 000 bahts) dans le centre économique de la capitale, et peut même monter à près de 8500 euros le mètre carré pour les projets les plus prestigieux. Pour les étrangers, le gain du taux de change depuis l’année dernière permet de minimiser un peu cette hausse.

 

Quelques projets d’envergures viennent d’être lancés, dont le projet « Icon Siam » en est l’exemple le plus révélateur. Présenté comme le plus grand développement immobilier entrepris en Thaïlande par le secteur privé, Icon Siam va voir le jour en 2017. Situé sur les berges du Chao Phraya, il accueillera deux immeubles résidentiels de luxe, deux centres commerciaux et ce que les promoteurs décrivent comme une multitude d’attractions de classe mondiale. La demande est telle que la zone initiale prévue a été agrandie de 20% et s’étale désormais sur 20 hectares. Au-delà de la construction d’un énième bâtiment, si impressionnant soit-il, la volonté des promoteurs est d’en faire une ville à part entière, mêlant ainsi éléments résidentiels, commerciaux et culturels.

En dehors de Bangkok, le marché immobilier se porte bien dans les autres destinations attractives du pays. Pour exemple, la confiance des investisseurs sur l’île de Phuket n’a cessé de monter en puissance en 2014 avec plusieurs projets de grande envergure.

La résilience de la Thaïlande pour maintenir à la fois sa qualité de vie tout en favorisant la croissance offre des perspectives de développement intéressantes. Les différents projets d’infrastructures approuvés juste après le coup d’Etat devraient par ailleurs être positifs pour l'ensemble de l'économie du pays.

 

Thibaut Maruenda

Directeur Marketing Company Vauban

thibaut@companyvauban.com

Chao Phraya à Bangkok © C. Simon

Chao Phraya à Bangkok © C. Simon

Thaïlande : l’immobilier peu impacté par le coup d’Etat. Gavroche septembre 2014.
18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 06:57

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 06:30

Lors de mon périple dans "les pas d'Henri Mouhot", j'avais eu la chance de rencontrer Pascal Royère sur le site du Baphuon.

Ii eut l'amabilité de me consacrer quelques heures, entretien que je publiait sur ce blog au mois de juin 2010 et me guida sur le site me racontant les péripéties de ce chantier de restauration devenu au fil des années, le chantier emblématique de l'Ecole Française d'Extrême Orient (EFEO).

Il eut le temps de mener cette mission à son terme et dernièrement, il fut chargé de la restauration du Mébon occidental, sur une île située au milieu du Baray occidental.

Le 5 février il décédait après une maladie qui l'emporta au bout de quelques mois seulement.

J'adresse ici, à toute sa famille, à ses proches et amis, mes sincères condoléances.

Pascal Royère sur le Chantier du Baphuon 30  mai 2010. Photo © C. Simon

Pascal Royère sur le Chantier du Baphuon 30 mai 2010. Photo © C. Simon

14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 20:32

A télécharger PDF. En 1989 Jena Michel Strobino "redécouvrait" le cénotaphe d'Henri Mouhot le "redécouvreur" d'Angkor. Toute l'histoire de la sépulture et de son monument.

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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 20:01

Jean Michel Strobino vient de publier :

Histoire de la sépulture d'Henri Mouhot et de son monument 1861 - 1990.

Nous pouvons le lire dans son intégralité dans le bulletin de la Société d'Histoire Naturelle du Pays de Montbéliard du 27 décembre 2013.

Vous le trouverez également en lien de ce blog.

A rajouter également sur votre liste de lecture :

Légendes du Laos.

de Somsanouk Mixay et Fleur Brofos Asmussen dont Jena Michel Strobino a assuré la traduction.

Aux éditions White Lotus . Bangkok . 2013.

légendes du Laos

légendes du Laos