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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 13:35

Launpou Bounleua007'

Après une dernière visite au cénotaphe d'Henri Mouhot sur le bord de la Nam Kam non loin de Luang Prabang, j'avais organisé mon retour vers Bangkok et la France en ménageant deux étapes : Vientiane la capitale du Laos et Nongkhaïen Thaïlande, presque en face de la première, à l'autre bout du Pont de l'Amitié qui relie les deux pays en enjambant le Mékong.

Outre l'intérêt que je portais à ces deux cités, ce choix n'était pas du tout anodin.

L'une comme l'autre abrite dans leurs environs ce que l'on nomme communément un « Bouddha Park » : Xieng Khuan( la Cité des esprits ) à Vientiane et le Sala Keoku ( la grande salle de Keoku ) tous les deux issus de l'imagination inspirée et foisonnante du même personnage : Bunleua Sulilat.

Un petit fascicule vendu au Sala Keoku, dans une assez mauvaise traduction du Thaï à l'Anglais, est une biographie dans laquelle on a bien du mal à faire la part des choses.

Il est né en 1932 à Nongkhaï, le huitième d'une famille de neuf enfants et apparaît comme ayant eu une vocation précoce le poussant vers l'étude religieuse en dépit d'une forte réticence de la part de ses parents, manifestement agriculteurs. Toute la famille migra vers le Laos dans les années 1940.

Selon la légende, au cours d'une de ses nombreuses fugues, il tomba dans une grotte où vivait un sage ermite,Keoku. Il devint très vite son disciple et dès qu'il pouvait s'échapper, il allait écouter son enseignement.

Quel que fut son itinéraire, familial et scolaire, il finit, vers sa vingtième année, par décider de quitter sa famille et s'en alla par monts et par vaux à la recherche de sa vérité à l'instar de Bouddha 2500 ans plus tôt. Il vécut ainsi en ermite vagabond pendant quelques années, se nourrissant de ce que la nature lui procurait ou de ce que les populations qu'il croisait lui offraient.

La forme d'une œuvre, syncrétisme du bouddhisme et de l'hindouisme, se profilait à l'horizon ...

Xieng Khuan. Parc des Bouddhas. Vientiane (34)

En 1958, il décida de commencer à concrétiser sa pensée et démarra la construction du Xieng Khuan; aidé par quelques disciples et utilisant le ciment et la brique comme matériaux de base, il fit surgir d'un lopin de terre non loin du Mékong, des sculptures de plus en plus nombreuses qui composent encore aujourd'hui un ensemble où se côtoient Shiva, Vishnu, Arjuna, Avalokiteshvara, Bouddha et bien d'autres représentations inspirées des mythologies des deux courants religieux.

Un édifice en forme de citrouille à trois niveaux ( Enfer, Terre et Paradis ) reliés par des escaliers intérieurs est la plus haute structure.

On y entre par la bouche grande ouverte d'une espèce de démon aux yeux globuleux. A l'intérieur, le faible éclairage de néons ou d'ampoules nues nous laisse dans une pénombre relative s'accordant bien avec une représentation des affres de l'enfer qui n'est pas sans rappeler Jérôme Bosch ...

De degrés en degrés on arrive enfin au sommet, le paradis, qui offre une vue panoramique sur le parc.

L'entrée est payante et c'est devenu une véritable attraction touristique qui attire tous les jours de très nombreux visiteurs. Quelques offrandes, çà et là, rappellent la vocation initiale du lieu ...

Après l'arrivée au pouvoir en 1975 des communistes ( Patet Lao ), Bunleua revint dans sa province natale à Nongkhaïet continua son œuvre de l'autre côté du Mékong.

Sala Keoku. Parc des Bouddhas. Nongkhai (77)

Même inspiration issue de cette tentative de syncrétisme et on y retrouve les mêmes thématiques, mais cette fois dans des réalisations plus élaborées, notamment la Roue de la Vie où l'on pénètre, comme dans la « citrouille », en passant par une bouche ouverte et immense.

Sa philosophie évoluait et le nombre de ses disciples allait augmentant. Cette ampleur se traduit par le gigantisme de certaines des statues : des Bouddhas debout et un Naga ( cobra ) géant atteignent 25m !

L'entrée est gardée par des géants de brique et de métal mais qui n'ont pas été terminés .... on dit que la maladie qui devait l'emporter en 1996 est la cause de cet inachèvement.

A la différence du Xieng Khuan, le Sala Keoku abrite un temple/sanctuaire de plusieurs étages. Salles d'expositions, de méditation et de prière ornées de portraits, « chromos » des divinités hindoues et bouddhistes, de photos de certains riches donateurs et de Bunleua à diverses étapes de sa vie.

La dépouille momifiée et embaumée de Bunleua repose au dernier étage dans une châsse de verre et ses disciples racontent que ses cheveux continuent de pousser ... Je n'ai pas, malheureusement, pu avoir accès au « saint des saints » ...

Sala Keoku. Parc des Bouddhas. Nongkhai (80)

Itinéraire de vie peu banal pour ce personnage excentrique, fantasque et captivant qui fut suivi, aidé ou simplement encouragé par de nombreux disciples qui l'appelèrent rapidement Luang Pu ( vénérable Grand Père ) qui est devenu le terme utilisé pour parler de lui aujourd'hui ...

Mais il n'eut pas que des amis et l'on parle de périodes d'emprisonnement en Thaïlande, soupçonné d'être communiste ! ... étonnant ?! Il devait plutôt déranger par sa vision très personnelle du bouddhisme mêlé d'hindouisme.

Très difficile d'être objectif tant les informations sont fragmentaires et les documents rares. Qui était-il vraiment ? Quelle est réellement la philosophie qu'il prône au delà d'une vie chaste et pure ? Bien des questions auxquelles il serait intéressant de trouver des réponses ...

Quoiqu'il en soit, reste une œuvre solide qui vaut pour son originalité et peut être rattachée à une forme d'art brut et naïf dans la lignée du « Palais Idéal » de Ferdinand Cheval ( Hauterives 26 ), du « Jardin des Tarots » de Niki de Saint Phalle ( Garavicchio Toscane ) ou bien encore du « Rock Garden » de l'Indien Nek Chand ( Chandigarh Punjab ).

Launpou Bounleua004'

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