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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 07:59

                                           Campagne en allant vers Udong.                                                         

En reprenant le fil du récit d'Henri Mouhot, on est très vite saisi par le manque de datation. N'aurait-il pas régulièrement daté ses notes ?... Cela parait curieux pour un voyageur aussi précis habituellement ... En revanche, il est avéré que l'ordre chronologique de son périple n'est pas scrupuleusement respecté. Son frère Charles et Ferdinand de Lanoye eurent sûrement quelques soucis lors de la préparation de la première édition. Pour le coup nous pouvons quand même en déduire qu'il y a bel et bien des manques ( des oublis ?) côté calendrier que seule une très grande connaissance des lieux parcourus aurait pu compenser.

Venant de Kampot, notre voyageur se dirigea en toute logique vers Udong qui était à l'époque la capitale du Royaume (de 1618 à 1866 ) et c'est là qu'il fut reçu par le second roi.

« Udong, la capitale actuelle du Cambodge, est située au nord-est de Kampot, à deux lieues et demie de l'affluent du Mékong, qui vient du grand lac, et à cent trente cinq milles à peu près de la mer – distance prise à vol d'oiseau.

Après avoir traversé une plaine marécageuse où nous abattîmes quelques oiseaux aquatiques communs, nous entrâmes dans une belle forêt, qui, sans la moindre éclaircie, se prolonge jusqu'aux portes d'Udong ». p.119 & 120.

Pour ma part, j'ai dû passer par Phnom Penh pour rallier Udong le lendemain (21 mai) de mon arrivée en la capitale cambodgienne.

Or donc Udong ( la Victorieuse ). « Ce nom optimiste ne reflétait guère la réalité, le Cambodge étant alors en plein déclin. Plusieurs souverains dont le roi Norodom y furent couronnés ». ( Lonely Planet Cambodge).

« En arrivant aux portes d'Udong, je me trouvai en face d'un large fossé, surmonté d'un parapet et entouré d'une palissade de trois mètres d'élévation. [ ... ] Le jour suivant, je parcourus la ville, dont les maisons sont construites en bambous et quelques-unes en planches; le marché tenu par des Chinois est, par sa saleté, l'égal de tous les autres dont j'ai déjà parlé. » p. 124

                                            En tuk tuk pour Udong. Phnom Penh.

Belle et fructueuse balade en tuk tuk le long de cette RN5 qui conduit à l'ancienne capitale. On met un certain temps à sortir de l'agglomération en traversant des banlieues installées le long de la route nationale. Je note une forte présence musulmane que signalent de superbes mosquées et le nombre important de femme portant le foulard.

A 41 km de Phnom Penh, le site d'Udong, il n'y a plus de ville, tout au plus, peut-être quelques pierres çà et là, vaut aujourd'hui pour les deux collines de Phnom Udong jalonnées de plusieurs stupas contenant les dépouilles de trois des rois qui se sont succédés jusqu'en 1866 et aussi par la belle vue qu'on y a vers les plaines environnantes : rizières parsemées de palmiers à sucre et de quelques hameaux.

De forêt je n'ai point vu, sauf sur les pentes des collines et au loin quelques bosquets. La plaine marécageuse s'est transformée en plaine à riz ponctuée de plantations de lotus ( pour les fleurs d'offrandes et leurs graines comestibles).

                                             Les quatre Stupas royaux. Phnom Udong.

Mouhot était passé par Phnom Penh qu'il nommait alors Penom Penh et qu'il désignait comme « le grand bazar du Cambodge [...] Situé au confluent de deux grands cours d'eau [ le Tonlé Sap et le Mékong ] Penom Penh renferme une dizaine de milliers d'habitants, presque tous chinois, sans compter une population flottante au moins du double » p. 140 & 141.

En 1772 les Siamois la dévastèrent complétement. Elle fut reconstruite mais c'est à partir de l'arrivée des Français en 1863, Mouhot l'avait pressenti, qu'elle reprit un essor tristement stoppé net avec l'arrivée des Khmers rouges et de Pol Pot au pouvoir. Quand les Français partirent en 1953, ils laissèrent quelques édifices prestigieux comme le Palais royal, le marché central ( Psar Thmei ) de beaux bâtiments administratifs et quelques maison somptueuses qui existent toujours.

Jadis « perle d'Asie », Phnom Penh et sa population ont beaucoup souffert de la guerre et de la révolution. Les Khmers rouges, au nom d'une idéologie sociale délirante, la vidèrent totalement et ses habitants durent, pendant de très longues années de souffrance, s'exténuer aux travaux des champs. Quand le roi Norodom Sihanouk fut renversé en 1970 par Lon Nol, elle comptait environ 500.000 âmes. Avec l'extension de la guerre du Vietnam, l'afflux de réfugiés quadrupla sa population.

                                                         Espace de securite. Tuol Sleng. S21. Phnom Penh.                                                                            

C'est donc 2 millions de personnes que Les Khmers rouges, forcèrent, en avril 1975, à quitter la ville vers les campagnes, ces prisons sans murs, d'où la grande majorité ne revint pas.

Pendant la période du Kampuchéa démocratique avec Pol Pot comme chef, c'est à dire d'avril 1975 à janvier 1979, des dizaines de milliers de Phnom Penhois furent massacrés et la ville ne compta jamais plus de 50.000 habitants. Elle se repeupla après sa « libération » par les Vietnamiens en 1979.

Cette page de l'histoire est une des plus atroces qu'ait traversé l'humanité à ce jour ... entre 2 et 3 millions de personnes périrent d'une manière ou d'une autre : exécutions sommaires ( y compris bébés et enfants), faim, fatigue et maladies ... mais les années 1980 furent aussi dures que la décennie précédente, un long combat pour la survie ...

Aujourd'hui, Phnom Penh ne renierait pas cette appellation de « grand bazar du Cambodge ». Deux millions de personnes s'y activent tous les jours bruyamment et la communauté chinoise y est toujours très importante et aussi commerçante.

                                             Centre ville Phnom Penh.

La ville flottante n'existe plus, elle est devenue un quartier sur pilotis qui surplombent le lac insalubre de Boeng Kakqui lui donne son nom. Les maisons sont reliées entre elles par des rues/pontons de planches disjointes au dessus de cette véritable décharge malodorante qu'est le lac dans laquelle s'écoulent toutes les eaux usées et où l'on jette sans discernement les ordures ménagères.

A l'instar de la plupart des autres grandes agglomérations asiatiques, Phnom Penh nous réserve le pire comme le meilleur, le sublime y côtoie l'abominable et la richesse ostentatoire insulte la plus grande pauvreté.

La circulation automobile y est un problème éminent. Les voitures, camions et motos sont arrêtées n'importe comment plutôt que garées. Dès que le flot de véhicules est momentanément arrêté, c'est un monstrueux embouteillage et si l'on est pris dans cette nasse pétaradante et polluante, il faut savoir prendre son mal en patience. Situation récurrente ...

Les règles élémentaires sont sans cesse bafouées et une vigilance de tous les moments est requise pour éviter un accident, heureusement fort peu nombreux en ville. La vitesse n'est jamais très élevée et c'est le plus hardi qui passera le premier.

Au début traverser une rue à pied, pire, traverser une avenue peut paraître une folle idée, mais très vite on s'aperçoit que rien n'est plus simple et sans danger : toujours regarder les véhicules en face, quelles qu'ils soient; s'avancer sans hésitation d'un pas assuré qui détermine la direction que l'on prend afin qu'elle soit bien comprise; ne pas se soucier, si, quand même un peu, de ce qui se passe derrière soi car l'autre vous aura vu. En appliquant ces quelques principes on peut s'aventurer sans vraiment trop de problème dans ce chaos enveloppé de vacarme et de gaz d'échappement ...

Un des lieux incontournables de la ville est l'ancien lycée de Tuol Seng, que les forces de sécurité de Pol Pot investirent en 1975 et transformèrent en prison de haute sécurité 21, ou S 21. Elle devint rapidement le plus grand centre de détention et de torture du pays. Plus de 17.000 détenus furent massacrés au camp d'extermination deChoeung Ek à 15 km de Phnom Penh. Le lieu est connu sous le nom de « killing field » et s'y dresse depuis 1988 unstupa du souvenir. Plus de 8000 crânes, classés selon le sexe et l'âge sont disposés en pyramide derrière des vitres ...

                                           Victimes executees. Tuol Sleng. S21. Phnom Penh.

S 21 est devenu un musée et sa visite ne peut pas laisser indifférent. Les Khmers rouges, tenaient des registres méticuleux ( pourquoi faut-il que les actes les plus abominables soient l'objet d'une démarche aussi procédurière ?... ).

Documents et photographies, pour beaucoup anthropométriques, sont exposées dans les différentes salles de classes ayant été transformées en cellules et lieux de tortures par les équipes de Douch, qui est jugé en ce moment et il est probablement le seul qui rendra des comptes.

Le procès dure depuis 2006.

Pol Pot est mort avant d'être jugé. Tamok est mort en prison en 2006 et les deux autres principaux inculpés Ieng Sary et Nuon Chea se plaignent d'une santé défaillante et se font hospitalisés au moindre prétexte.

Notons pour en finir avec cette triste page que le budget de ce procès a atteint 150 millions de dollars US ( chiffre de 2008 ) et qu'il ne cesse d 'augmenter sur toile de fond de corruption qui ne fait plus aucun doute ...

Pour suivre l'itinéraire de Mouhot il aurait fallu qu'après Phnom Penh je me dirige vers le nord-est afin d'arriver àBrelum. Je n'ai pas pu précisement situer cet endroit, mais, au Cambodge en 1859, il serait aujourd'hui au Vietnam. Pour ce faire, j'aurai dû faire un trop grand détour par le sud car il n'y a pas de poste frontière ouvert aux Occidentaux à ce niveau là. Aussi ai-je quand même pris cette direction mais en m'arrêtant à Kratie où notre voyageur est peut-être simplement passé et puis, à l'époque ce n'était sûrement qu'un petit village de pêcheur sans importance.

                                            Architecture francaise. Kratie

Kratie est une petite ville poussiéreuse de près de 80.000 habitants installée au bord du Mékong. Elle affiche un riche héritage architectural français. Successivement occupée par les Khmers rouges et les Vietnamiens, elle a échappé, contrairement à beaucoup d'autres, aux bombardements et à la destruction.

Tranquille, elle se révèle comme une bonne base pour explorer la région. 15 km au nord, à Kampi, le Mékong part en rapides et c'est l'habitat des derniers dauphins d'Irrawady qu'on peut aussi voir, si on a de la chance, en aval des chutes de Khône au Laos.

« Le dauphin d'eau douce de l'Irrawady est une espèce menacée dans toute l'Asie. Ce cétacé bleu-gris sombre peut atteindre 2,75 m de longueur. On le reconnait à sa tête protubérante et à la finesse de sa nageoire dorsale. Bien qu'il soit rare de les apercevoir en mer, ces dauphins peuvent vivre en eau douce ou salée. Ils peuplent, en nombre décroissant, quelques tronçons du Mékong au Cambodge et au Laos, et certaines eaux du Bangladesh et de Birmanie [ pour ma part, j'ai pu observer une espèce dans le Gange à Varanasi ].

                                           Dauphins d'Irrawady'''. Kampi. Kratie

Selon les habitants de la région, avant la guerre civile, environ 1000 dauphins vivaient au Cambodge. Sous le régime de Pol Pot, ils ont été chassés pour leur huile et leur nombre a considérablement chuté.

Experts et habitants s'accordent sur les chiffres : il ne reste sans doute pas plus de 75 dauphins de l'Irrawady dans le Mékong, entre Kratie et la frontière laotienne près de Don Khone. ». ( Lonely Planet Cambodge )

Expédition d'une journée en tuk tuk vers Kampi, en passant par Phnom Sambok : sur une petite colline se dresse un temple en activité. J'ai pu avoir une courte discussion en français avec une nonne de 75 ans qui avait étudié dans une école française. En cours de route j'ai visité une école et tous, élèves et personnels enseignants se sont montrés très chaleureux à mon égard.

                                            Nonnes. Temple de Phnom Sombok. Kratie

Kampi, le ciel se chargeait d'orage et pendant l'observation des dauphins j'ai essuyé une courte tempête. Les dauphins sont curieux, mais leur intelligence leur dicte de ne pas s'approcher trop près de l'embarcation. On entend leur souffle avant de les voir et aussitôt ils replongent, mais on ne peut jamais prévoir où ils ressortiront ... il aurait fallu des heures d'observation pour ramener des photos vraiment dignes d'intérêt !!! et en plus je ne suis pas photographe animalier ! ...

Nous avons continué notre route jusqu'à Sambor, 35 km plus loin, où l'on peut voir le Vat à 108 colonnes, le plus vaste du Cambodge. Les habitants l'ont surnommé vat Moi Roi Vat Sorsor Moi Roi «  le temple aux cent colonnes » ). Ce temple a été reconstruit à l'emplacement d'un temple en bois du XIX ème siècle et vaut par le fait qu'il en est la réplique. En revanche,quelques kilomètre plus loin, en pleine campagne un temple mineur, le Vehar Kok, a conservé ses colonnes de bois et, pour le coup, est bien plus intéressant.

                                            Il pleut. Kampi. Kratie

La pluie, que tout le monde attend avec impatience, tarde à venir en abondance. Quelques averses d'orage, certes parfois violentes, ne suffise pas à l'irrigation des rizières ... les températures montent et l'on ressent souvent comme de l'électricité dans l'air; les gens sont un peu plus nerveux et commencent à s'impatienter ... pas d'eau, pas de vie ... 

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commentaires

Anne-Marie 20/06/2010 16:53


Cette fois, ça décolle! On a vraiment plus d'intérêt à te suivre, les photos sont magnifiques, et on se réjouit de lire la suite!