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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 19:09

Borne a la francaise Kampot.

 

Les temps ont bien changé depuis l'époque où Henri Mouhot naviguait sur sa « coquille de noix » sur des flots impétueux. Aujourd'hui, il n'y a même plus du tout de ligne maritime en direction du Cambodge.
Il y a 8 ans encore j'avais pu, depuis Sihanoukville prendre un ferry qui me permit de rallier la Thaïlande.

J'espérais quand même emprunter l'ancienne ligne de chemin de fer vers vers Kampot; là encore, le service est suspendu pendant les travaux de rénovation - autant dire une nouvelle voie ferrée – et il ne reprendra pas avant septembre.

 

Me voilà donc muni d'un billet acheté la veille à attendre un bus à la gare routière. A 8h30, l'heure de départ était de loin largement dépassée et la marge retard impliquait déjà des interrogations. L'employée nous expliqua, puisque nous étions quelques-uns à attendre, que le bus avait eu la veille, tard le soir, une panne importante, ceci expliquant cela. Mais un minibus devait le remplacer et arriver incessamment.

Effectivement, il arriva cahotant. Il fallait encore faire le plein, ce qui se fit à grand renfort de bidons d'essence grâce à un large entonnoir métallique ...

Enfin, nous embarquons en nous serrant et en entassant les bagages dans le coffre minuscule et dans l'habitacle.

Trajet relativement court ( 105 kms ) sur une route traversant les campagnes asséchées en attente des précipitations bénéfiques de la saison des pluies toute proche maintenant. Rien de vraiment notable dans une ambiance plutôt somnolente.

Lever du jour Kampot.

Mouhot ne nous parle pas vraiment de la ville, il insiste bien plutôt sur la relation qu'il eut avec le roi de passage à Kampot décrivant les usages de la cour.

 

Arrivée à Kampot ( 35.000 habitants), je ne comprenais pas pourquoi le chauffeur ne s'arrêtait pas. Nous tournions autour des pâtés de maisons, au demeurant très beaux vestiges décrépis d'une époque révolue. Il était occupé avec son téléphone portable et manifestement préoccupé. Je lui demandais pourquoi il ne nous laissait pas là et sa réponse déconcertante nous fit éclater de rire : il cherchait tout simplement à capter le réseau !!!...

Avec Malvina qui faisait partie du voyage, nous nous sommes avant tout installé à la terrasse d'un café, pour nous désaltérer.

 

Beau reste colonial Kampot.Comme d'habitude en arrivant dans une ville nouvelle, la première chose à faire est de trouver un hébergement. Chacun de son côté nous sommes partis à la recherche d'une guesthouse à sa convenance.

Monsieur Ke Long, un Cambodgien d'origine chinoise, a été le premier à ouvrir une guesthouse à Kampot. Il a été douanier de l'administration française et parle donc un français correct empreint d'un accent très prononcé mais agréable.

 

Sur le bureau de réception, trône un bocal en verre dans lequel flotte dans du vin blanc (sic) un gecko de taille moyenne. ( le gecko est une espèce de lézard de taille moyenne qui tire son nom du malais gekoq, qui est une onomatopée de son cri; il dispose de setae sous les pattes, sorte de coussinets adhérents qui lui permettent de circuler à grande vitesse sur les murs et les plafonds à la recherche d'insectes qui constituent son menu ). Il m'explique, après que je lui ai posé la question, que ce gecko là était de mauvaise augure et qu'il portait malheur à la maison car, il ne chantait jamais plus de cinq fois. Un bon gecko domestique se doit de chanter bien plus, au moins sept ou neuf fois pour que la chance ne quitte pas la maison ...

 

Premiers contacts avec la ville où l'orientation se fait grâce à des ronds points à la statuaire très « kitch »

De retour en début de soirée je fias la connaissance de Guillaume, un jeune français bien sympathique. Ex enseignant il a opté pour une vie de bohème et de voyage vivant de sa guitare et prenant le temps de découvrir le monde ...

 

Nous décidons de passer ensemble les deux ou trois jours à venir.

 

Le lendemain matin ( mardi 18 mai), nous embarquons dans un tuk tuk ( moto taxi ) en direction de Kep. En cours de route nous nous arrêtons plusieurs fois.

 

La grotte de Phnom Chhnork, est à une bonne volée de marches du vat ( temple ) Ang Sdok. Dès notre arrivée nous Autel meduse grotte de Phnom Chhnork.sommes encerclés par une nuée de gamins se proposant de nous accompagner, récitant même dès qu'ils apprirent que nous étions français un extraordinaire «  c'est parti mon kiki » que des touristes leur avaient appris.

Stalactites, stalagmites et dans la « salle » principal un remarquable temple hindouiste de brique du VIIème siècle dédié à Shiva dont le toit est partiellement pris dans un stalactite en forme de méduse.

Quelques kilomètres plus loin nous visitons une exploitation agricole. Fin de saison les cueillette sont déjà terminée et, dans les vergers, il ne reste que quelques mangues et durians isolés. Mais la spécialité de la région est le poivre : tout le monde s'entend pour dire qu'il est le meilleur du monde, va savoir ... mais à le goûter, je découvre après le piquant immédiat un arôme délicieux et long en bouche; le poivre blanc est nettement supérieur au noir ...

 

Enfin nous atteignons le littoral et ce qui reste de la petite ville de Kep. La station balnéaire de Kep-sur-Mer pour la saveur de ses fruits de mer, notamment les crabes, a été fondée en 1908 pour accueillir l'élite de la société coloniale française. Plus tard, la haute société cambodgienne a perpétué la tradition.

Les Khmers Rouges, « luttant contre la déviance capitaliste » l'ont presque entièrement détruite. Il ne reste pratiquement rien des villas somptueuses qui donnaient à Kep ses « lettres de noblesse ».

 

Le crabe au poivre vert était délicieux, en revanche une rapide baignade dans une eau à 28°C ne fut absolument pas rafraîchissante avec la désagréable sensation de continuer transpirer même dans l'eau.

Bord de mer Kep.

Sur le chemin du retour vers Kampot, nous nous sommes arrêté encore deux fois : un village de pêcheurs et des salines à l'activité ralentie par la fin de la saison sèche.

Cristaux de sel salines Kampot.

Demain, direction le plateau du Bokor où j'étais passé il y a 8 ans.

 

Entree du casino au Bokor.Cette ancienne station d'altitude française perchée à 1080 m d'altitude, (aujourd'hui parc national) permettait à l'élite de venir se rafraîchir pendant les périodes les plus chaudes. Construite entre 1917 et 1921 par des travailleurs forcés cambodgiens, dont beaucoup moururent elle comportait différents établissements luxueux : le Bokor Palace, un grand hôtel casino ( inauguré en 1925 ), d'autres hôtels de moindre catégorie, une poste, une église, quelques villas et un étrange château d'eau.

La station a été abandonnée deux fois, en 1940 avec l'invasion des forces vietnamiennes et de Khners Issarak ( Khmers libres ) lors de la lutte pour l'indépendance et en 1972 quand le régime de Lon Nol l'abandonna aux Khmers Rouges. Elle n'a plus jamais été habitée, sauf par la guérilla khmère rouge et par les Vietnamiens quand ils vinrent libérer le peuple khmer de la sauvagerie de la clique à Pol Pot. Sa position stratégique valut de très longs et violents combats en 1979.

 

Je l'avais découverte comme une ville fantôme où l'imagination pouvait aisément y faire de nouveau arriver au nouvel an, par exemple, des norias de véhicules luxueux d'où descendaient des élégantes en crinoline et chapeaux, accompagnés de beaux messieurs en habits et autour desquels gravitaient une foule de domestiques stylés, vêtus de blanc, attentifs au moindre de leur désir ... les bons bordeaux étaient servis chambrés, accompagnant des repas somptueux dans la fraîcheur relative d'une douce soirée tropicale.

On terminait tard dans la nuit en sabrant le champagne autour des tables de jeux ou près de la cheminée monumentale ou crépitait un feu réconfortant, en nouant ou dénouant des intrigues de « cour » ... c'était le « bon vieux temps des colonies »...

 

Lors de mon passage en 2002, l'ancienne route pavée existait encore. Elle serpentait sous les frondaisons obscures d'où s 'échappaient les cris de la forêt et les vols lourds, mais majestueux des calaos. On voyait rarement le ciel ...

Les jeunes de Kampot y montaient le week-end pour faire des fêtes entre copains et copines, échappatoires aux règles strictes de la société traditionnelle qui limitent les contacts entre garçons et filles.

 

Elle n'existe plus. Un vaste chantier l'a transformée en une large piste de latérite ocre le long de laquelle s'activent des La nouvelle route du Bokor.centaines d'ouvriers et où circulent des convois d'engins de chantiers et de camions chargés de matériaux divers. Bien évidemment cela a nécessité un déboisement massif au détriment des règles qui gèrent ce parc national. La compagnie Sokha Hotels a déjà posé les fondations d'un luxueux complexe hôtelier et l'avenir de ces vénérables bâtiments envahis par des lichens oranges est, me semble-t-il, définitivement menacé.

 

Je suis passé par les services d'une agence qui organise une véritable expédition pour arriver là haut. La route en chantier est interdite à la circulation , alors on doit faire la plus grande partie du trajet le long d'un itinéraire, certes balisé, mais le chemin est long et la pluie de la veille a rendu certains tronçons glissants et périlleux. Parfois il s'agit littéralement d'escalade. Dès les premières centaines de mètres, on a le souffle court, les poumons se chargent d'un air saturé d'humidité, un peu comme quand on entre dans un sauna ... quelques sangsues s'accrochent sur les jambes ou les épaules de certains provoquant des petites scènes de panique ... nous sommes guidés par des forestiers du parc et le guide de l'agence connait parfaitement le terrain. Dans les années 1970 il avait pu échapper aux Khmers Rouges et avait dû vivre dans la jungle pendant des années avec la crainte de se faire prendre jusqu'à l'arrivée des Vietnamiens.

Quatre heures d'une marche harassante mais quelle récompense une fois le « sommet »conquis ... La descente, par un itinéraire différent fut moins difficile.

Dans la jungle du Bokor.

Cette équipée sauvage se termina, magnifiée, par une descente apaisante de la rivière de Kampot jusqu'à la mer au couchant.

 

« La rivière qui conduit à la ville a près de cent cinquante mètres de largeur, mais son cours est très borné; elle prend naissance dans les montagnes voisines. Le principal avantage qu'elle offre, c'est de pouvoir amener à la mer les magnifiques bois de construction qui abondent dans les forêts de ses deux rives, et dont les Chinois ne peuvent se passer pour la mâture de leurs jonques.

Il ya continuellement de six à sept navires en charge dans la rade, de sorte que l'on voit souvent des bateaux chinois ou européens monter ou descendre le fleuve. [ ... ]

Ce qui reste de ce malheureux pays ne tardera sans doute pas à tomber sous la domination de quelque autre puissance; qui sait ? Peut-être la France a-t-elle les yeux fixés sur lui et se l'annexera comme elle fait en ce moment de la Cochinchine ». (pp. 110 et 111)

 

Mouhot était-il visionnaire ? En tout cas il ne pouvait, pendant tout son périple, imaginer un seul instant qu'il serait l'un des déclencheurs d'une nouvelle politique coloniale en Extrême Orient ...

Chantier naval baie de Kampot Kep.

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