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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 12:42

Au XII è siècle, le royaume angkorien s'étendait sur une grande partie de la Thaïlande actuelle. Pendant les deux siècles suivant, des royaume thaïs se sont constitués aux dépens de l'Empire khmer.

Les provinces situées au nord de la chaîne du Dangrek (Korat, Surin, Sang Keah, Kou Khan)sont, depuis le milieu du XIV è siècle soumises au Siam et n'ont jamais réintégré le giron khmer.

En revanche, les provinces de Battambang, Sisophon, et Angkor, annexées par le Siam en 1795 – 96, changèrent plusieurs fois de tutelle ainsi que celles de Melouprey, Tonlé Repou et Stung Treng annexées plus tardivement en 1813, mais demeurèrent sous administration siamoise malgré le traité franco-khmer du 11 août 1863 qui fait échapper le Cambodge à la suzeraineté siamoise.

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Illustrations : Pavie, la frégate La Grandière et timbre commémoratif Pavie.

 

Le traité de paix franco siamois de 1893 notifie le renoncement par les Siamois des territoires situés sur la rive gauche du Mékong.

Au début du 20ème siècle, l'Indochine française négocie avec le Siam la rétrocession des provinces et la démarcation des frontières. Ces délimitations imprécises sont à l'origine du litige car Preah Vihear se trouve sur la frontière commune. Il faut savoir qu' «  il n'existait même pas de carte cambodgienne jusqu'au 19ème siècle » (Michel Blanchard, Viet Nam Cambodge, une frontière controversée, L'Harmattan 1999, Paris, p.8) avant la présence française.

La convention franco-siamoise du 13 février 1904 définit la frontière sur « la ligne de partage des eaux » dans la région de Preah Vihear. Deux commissions de délimitation, « la commission Bernard » et « la commission Monguers », se chargent de borner la frontière. La délimitation de la frontière est complexe, en premier lieu en raison de la nature du terrain, ensuite, le nombre de services français impliqués complique la tâche et crée une certaine confusion : des militaires, de techniciens, la mission diplomatique siamoise, le ministère des Colonies et le gouvernement général d'Indochine. Enfin, les négociations concernent aussi la frontière siamo-laotienne : le travail des experts dure ainsi plusieurs années, de 1904 à 1907. Les relevés topographiques des commissions localisent « les ruines de Preah Vihear en territoire cambodgien, à 500 mètres de la frontière » mais il n'y a pas d'abornement définitif dans la région.

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                                            Le temple de Preah Vihear en juin 2010 (C. Simon ©)

 

Le traité franco-siamois du 23 mars 1907 établit définitivement la frontière, tout comme le traité franco-siamois de 1925 et celui d'amitié du 7 décembre 1937.

Après des bombardements aériens fin 1940 , la Thaïlande lance une offensive terrestre en janvier 1941. Les forces françaises - au rang desquelles deux bataillons de tirailleurs cambodgiens - contre-attaquent et sont victorieuses lors de la bataille de Koh Chang. Sous la pression des Japonais, la France doit cependant céder à la Thaïlande en mai 1941 les provinces de Battambang et de Siem Reap.

La rétrocession des provinces à la Thaïlande, après la convention franco-siamoise de Tokyo le 9 mai 1941, place logiquement le temple de Preah Vihear en territoire thaïlandais. Néanmoins, la convention franco-siamoise de Washington, du 17 novembre 1946, stipule que toutes les provinces annexées, après la convention de 1941 reviennent aux autorités françaises. Une commission de consultation mixte, ayant pour mission de réviser éventuellement les traités antérieurs à 1941, confirme les frontières d'avant-guerre. Depuis 1907, le service archéologique du protectorat et l'Ecole Française d'Extrême-Orient se chargent de conserver les ruines.

 

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Sur le bord de la falaise -Temple de Preah Vihear en juin 2010 (C. Simon ©)

 

En 1954, alors que le Cambodge vient d'accéder à l'indépendance, des forces thaïlandaises s'installent au Preah Vihear.

En juin 1962, à la demande du Cambodge, la Cour Internationale de Justice (CIJ) rend un arrêt (voir documents) qui confirme la souveraineté du Cambodge sur le temple de Preah Vihear et de ses environs en vertu de la ligne frontière établie par les différents traités et jamais contestée depuis (p.35 de l'arrêt). La Thaïlande a aussi l'obligation de retirer ses troupes et ses éléments de police (P.37 de l'arrêt).

En juillet 1962 dont acte de la part de la Thaïlande.

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En 2008, le temple est inscrit sur la liste du Patrimoine de l'Humanité.

 

Mais le 15 juillet de la même année, les forces armées thaïlandaises violent l'intégrité territoriale cambodgienne dans le secteur de Preah Vihear et, par conséquent, les traités et conventions signés et ratifiés par la Thaïlande.

Depuis les affrontements autour de ce site classé se succèdent irrégulièrement causant des dizaines de morts et plusieurs centaines de blessés civils et militaires dans les deux camps.

                                             clash

 

Du 12 au 17 juillet de l'année dernière (2012) s'est tenu au Cambodge, le 19ème Forum régional de L'ASEAN en présence de représentants des Etats-Unis, c'est probablement la raison pour laquelle cette année 2012 fut assez riche en informations concernant les différents pays concernés et particulièrement le Cambodge et la Thaïlande, même s'il faut nuancer cette affirmation.

Manifestement, tout ce qui vient du reste du monde ne semble pas vraiment intéresser les journalistes de notre presse nationale et encore plus lorsqu'il est bien plus important de focaliser les esprits sur les problèmes récurrents que produisent les départs en vacances !

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Enfants de militaires et non pas enfants soldats – Preah Vihear juin 2012 (C. Simon ©)

 

Néanmoins en fouillant, des pistes peuvent être trouvées .

 

Cambodge et Thaïlande campent sur leurs positions à Preah Vihear.(Texte de Arnaud Roux 13 juillet 2012 - Asie info).

« ...Nul doute que la question du retrait sera à l'ordre du jour de la réunion du vendredi 13 juillet entre le Premier ministre cambodgien Hun Sen et son homologue thaïlandais Yingluck Shinawatra. Celle-ci a été invitée par la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, en visite officielle au Cambodge pour assister au 19 ème Forum régional de l' Asean et à participer au forum d'affaires Asean – Etats-Unis qui se tiendra dans la ville de Siem Reap.

La rencontre du 13 juillet entre les deux Premiers ministres pourrait être placée sous le signe d'une certaine tension. Dans son édition en ligne du 13 juillet, le Bangkok Post rapporte qu'un ATR de la compagnie thaïlandaise Bangkok Airways a essuyé des tirs de l'armée cambodgienne, le 12 juillet vers 20h30, alors qu'il survolait la zone contestée. Les tirs n'ont pas touché l'appareil. Côté cambodgien, on évoque une méprise pour expliquer l'attitude des soldats. Ceux-ci pensaient avoir à faire à un avion espion

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Cambodge – Thaïlande : un retrait en trompe-l'oeil ?(Texte Malo Servan 19 juillet 2012 - Asie info).

 « Les armées des deux pays se retirent de la zone démilitarisée un an jour pour jour après l'injonction de la Cour Internationale de Justice.

Le 18 juillet 2011, la Cour Internationale de Justice (CIJ) avait ordonné à la Thaïlande et au Cambodge de retirer leurs soldats autour du temple de Preah Vihear, afin de laisser libre une zone démilitarisée de 17,3 km2. Un an plus tard, au jour près, les deux pays s'exécutent, rapporte le Bangkok Post du 19 juillet. Bangkok et Phnom Penh ont commencé en même temps à « redéployer » leurs hommes. C'est ainsi que 485 militaires cambodgiens se sont retiré le 18 juillet. Le nombre de Thaïlandais n'a pas été dévoilé. Ce retrait coordonné ne doit pas pourtant faire oublier qu'il intervient après plusieurs mois d'intox de part et d'autre, durant lesquels Thaïlandais et Cambodgiens se sont accusés mutuellement de ne pas respecter l'injonction de la Cour.

Des policiers thaïlandais et cambodgiens vont donc remplacer les militaires dans cette zone démilitarisée où se trouve le temple et un territoire d 4,6 km2 revendiqué par les deux royaumes depuis de nombreuses années. L'inscription du temple au patrimoine mondial de l'Unesco en juillet 2008 a mis le feu aux poudres. Depuis cette date, le conflit a dégénéré et on déplore, à ce jour, une trentaine de morts dans chaque camp.

Le redéploiement initié le 18 juillet n'a pas fait taire la polémique puisque l'armée thaïlandaise accuse déjà son homologue cambodgienne d'avoir « déguisé ses soldats en civils » pour les faire revenir dans la zone démilitarisée. Même le meilleur des scénarios ne peut pas occulter les vieilles inimités …

L'injonction du 18 juillet 2011 de la CIJ est un premier (petit) pas vers la résolution du conflit. Si la souveraineté du temple ne pose pas de sérieux problème – Preah Vihear a été attribué au Cambodge par un arrêt de la CIJ en 1962 -, la question de la délimitation de la frontière constitue le noeud de désaccord.

La Thaïlande estime que l'arrêt de 1962 n'a pas répondu à cette question, ce que conteste le Cambodge. Phnom Penh a donc adressé à la CIJ une requête en interprétation de l'arrêt de 1962 afin que la Cour se prononce clairement sur le tracé frontalier. La CIJ rendra son jugement en septembre ou octobre 2013 ». 

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 Les troupes thaïlandaises quittant le site.(Xinhua)

 

Les informations concernant ce conflit ancien ne sont pas facile à trouver. La presse occidentale ne s'en fait jamais l'écho. Nous sommes bien trop occupé par l'avenir, pas radieux, que nous réserve la déroute de notre société capitaliste bien trop libérale …

Ponctuellement, en naviguant sur la toile apparaissent quelques entrefilets tirés des quotidiens asiatiques comme le Phnom Penh Post ou le Bangkok Post ou bien encore les lettres d'Asie Info, qui se sont petit à petit espacées et qui n'apparaissent maintenant plus du tout.
Les comptes rendus sont rares et même en passant beaucoup de temps sur internet on ne trouve plus guère d'informations.

Voici la plus récente :

Contentieux de Phrea Vihear : la Thaïlande fourbit ses armes. (Texte de Henri Emanglon 17 janvier 2013 - Asie info).

« Le ministère thaïlandais des Affaires étrangères va contester la compétence de la Cour Internationale de Justice.

Darm Boontham, haut-fonctionnaire du Département des traités et des affaires légales, division du ministère thaïlandais des Affaires étrangères, a exposé, lors d'une audition parlementaire le 16 janvier, la stratégie de la Thaïlande face à la Cour internationale de Justice (CIJ) lorsque celle-ci statuera sur la « demande d'interprétation » de l'arrêt de 1962, la Cour Internationale de Justice, basée à La Haye, a attribué la souveraineté sur le temple de Preah Vihear, revendiqué par la Thaïlande et le Cambodge, à ce dernier, mais elle ne s'est pas prononcée sur le périmètre autour du temple. Depuis 2008, des incidents entre les militaires des deux pays se sont multipliés dans ce périmètre. Bangkok et Phnom Penh revendiquent tous les deux la souveraineté sur la zone de 4,6 km2. En avril 2011, le Cambodge a demandé à la CIJ d'interpréter son arrêt de 1962, en en précisant « la portée et la signification ». La cour doit rendre son jugement en octobre 2013.

Selon les propos de Darm Boontham devant la Commission parlementaire sur la sécurité d'Etat, rapportés par le Bangkok Post, la Thaïlande va contester la compétence due la CIJ sur la question de l'interprétation de l'arrêt de 1962. D'après Darm, la Cour cherche à interpréter un nouvel aspect (i.e. La souveraineté sur le périmètre de 4,6 km2) qui n'était pas compris dans l'arrêt initial. Un autre point de l'argumentation thaïlandaise sera de souligner le fait qu'une clôture avait été érigée par la Thaïlande en 1962 pour isoler le périmètre contesté du temple proprement dit et que le Cambodge n'a pas émis de protestation quant à l'établissement de cette clôture. Ces deux arguments semblent faibles du point de vue juridique. Il paraît difficile d'utiliser une mesure coercitive, comme l'établissement d'une clôture gardée par des militaires, pour justifier une revendication territoriale. »

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Yingluck Shinawatra, 1 er Ministre thaïlandaise  avec le premier ministre cambodgien Hun Sen)

 

« L’un des obstacles à la résolution du conflit pourrait être directement lié à la "stratégie" du gouvernement de Yingluck Shinawatra. En effet, la frontière est depuis longtemps l’un des sujets sensibles de la politique en Thaïlande : une mauvaise décision pourrait servir les partis politiques d’opposition, qui trouveraient aussitôt des arguments pour attaquer le pouvoir en place. Pour éviter toutes manifestations civiles ou confrontations politiques, le gouvernement Yingluck semble ainsi intentionnellement retarder la moindre prise de décision sur le retrait des troupes à Preah Vihear. De plus, il faut prendre en compte le fait que suivant la constitution thaïlandaise, toute décision lié à la question des frontières doit passer par le Parlement. De quoi retarder davantage l’avancée de la situation ».(le petit journal.comle média des français et francophones à l'étranger).

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