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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 07:27

La ville vue des toits Chanthaburi.Une fois de plus, après un court passage à Bangkok, à l'instar de Henri Mouhot, je quitte la capitale. Cette fois, direction le sud-est vers Chanthaburi, en direction du Cambodge.

 

Henri Mouhot arriva à Chantaboum ( son nom d'alors) le 4 janvier 1859 et y fit un séjour assez long. C'est là qu'il s'attacha les services de Phraï et c'est de cette ville qu'il partit en direction du Cambodge via les îles de Kho Chang et Kho Kut. Il fait, dans sa relation de voyage une description précises de la ville et des montagnes environnantes.

 

Le bus n°3 me conduit rapidement à la gare routière de Mo Chit où je dois attendre une bonne heure pour embarquer dans un car à air conditionné. J'ai fini par apprécier de me rafraîchir pendant quelques heures en dépit de mon à priori négatif ...

 

Il fait nuit quand j'arrive dans la capitale provinciale, très vite, je trouve un hébergement et, après une bonne douche je me mets en quête du marché de nuit où je me régale d'un bon dîner.

 

Tôt le matin, je partage un petit déjeuner avec une partie du personnel de la guesthouse, l'un d'entre eux me propose Autres lianes etrangleuses Parc National.de me conduire en moto à l'endroit où je pourrai trouver un sorng taa ou ( taxi collectif : petite camionnette, généralement japonaise, au plateau aménagé pour accueillir des passagers ) pour le Parc National de Khao Khitchakut, à 28 kms de Chanthaburi. Bien que cela soit un des plus petits parcs de Thaïlande ( 59 km2 ) il abriterait des troupeaux d'éléphants sauvages. Mais ce qui fait sa réputation ce sont les cascades de Nam Tok Krathing visibles depuis la route et qui dégringolent en 13 étages depuis un sommet.

 

Une demi-heure d'attente pour atteindre le quota de passagers, une douzaine... Dès que l'on ne fréquente plus les lignes régulières, l'attente est un thème récurent et je suis toujours admiratif devant l'impassibilité des gens qui espèrent pourtant un départ rapide !!!

A bord, 2 moines, 5 collégiennes en uniforme, 2 femmes et leurs enfants et un vieux monsieur.

En pétaradant, le véhicule se met en route et nous voilà bien vite sortis de la ville en empruntant la route 3249. Nous traversons des plantations d'hévéas ( latex = caoutchouc ), des campagnes et des villages au pied des montagnes aux sommets perdus dans les nuages annonciateurs de pluie.

De nombreux arrêts ponctuent notre trajet : quelques-uns descendent et d'autres montent. Les collégiennes finissent par arriver au collège où elles doivent être pensionnaires et se dispersent en riant.

 

Enfin c'est à mon tour de descendre, un panneau indique la direction à prendre et me voilà marchant vers les bureau d'accueil ou je m'acquitte d'un droit d'entrée de 200 baths ( 40 seulement pour les Thaïlandais).


Cascade niveau 9 Parc National.Le parc est extrêmement bien aménagé, des abris jalonnent un itinéraire fléché et il y a même des toilettes avec douches !!!

Franchissant la rivière sur un pont qui a vu des jours meilleurs, je m'enfonce dans la forêt. Tout de suite je suis saisi par la chaleur humide qui règne sous la canopée, pas un brin de souffle d'air : tout de suite je me mets à suer abondamment et ne cesse de boire, cercle vicieux, qui boit exsude ...  je crois que je n'ai jamais autant transpiré de ma vie !!!

Mais quelle récompense ! Toute cette végétation luxuriante, lianes emmêlées barrant parfois le chemin, arbres gigantesques de différentes essences et toujours les stridulations des cigales, les chants des oiseaux et le bruit des cascades bondissantes formant à chaque niveau des vasques d'eau cristalline.

Arrivé au niveau 9, la chaleur est tellement étouffante que je n'hésite pas un instant à me déshabiller pour me baigner dans une vasque en compagnie de centaines carpes.

 

« D'une hauteur de plus de vingt mètres, le torrent, large de deux à sa source, tombe avec fracas et presque d'aplomb sur les rochers, d'où il rejaillit en se détournant pour former une nouvelle chute de trois mètres de hauteur seulement, mais qui se déverse dans un vaste bassin, profond de plus de quinze pieds, et qui reflète comme un miroir les rochers et les arbres qui l'entourent.
Mes deux domestiques échauffés par une longue course, se plongèrent dans cette eau si froide, à mon grand étonnement... »
( H.M. p. 98)*.

 

En me séchant un peu, je peux observer un magnifique papillon bleu virevoltant de rocher en rocher et s'arrêtant de Baignade niveau 6 Parc National.temps en temps pour boire. Je pense alors au roman de Maxime Fermine « le papillon de Siam » qui met en scène Henri Mouhot,dans une version on ne peut plus romanesque de sa vie, à la recherche d'un papillon « mythique ».

 

Le temps passe et il m 'est compté, et puis, il fait vraiment trop chaud pour continuer vers le sommet.
Je fais étape dans un petit restaurant installé à l'entrée du parc pour et déjeuner et reprend mon chemin au travers de la forêt. Il commence à pleuvoir juste au sortir du parc et je m'abrite sous un pavillon où un employé est occupé à faire la sieste. En attendant la fin de l'averse je décide d'en faire autant ! Douce somnolence avec le staccato de la pluie sur le toit de tôle, le tonnerre qui roule de loin en loin, toujours, omniprésentes les cigales et enfin un souffle d'air.

 

La sieste a l abri de la pluie Parc National.Je rejoins la route 3249 et sous un crachin pas désagréable je fais du stop tout en marchant. Nombre de camionnettes chargées à ras bord de durians passent en soulevant des gerbes d'eau, oui, parce que dès que les averses sont violentes, les routes et les rues se transforment rapidement en ruisseau torrentueux ...

Je finis par arriver au collège où les jeunes filles s'étaient arrêtées à l'aller. Un abri en piteux état où attend déjà une dame. Nous n'attendrons pas longtemps avant qu'un sorng taa ou s'arrête et nous emmène à toute allure vers la ville. Dans la cabine à l'avant, une femme est occupée à épouiller son fils tandis qu'à l'arrière, les autres passagères discutent à bâton rompu.

La pluie a cessé et le soleil se décide à faire de ponctuelles apparitions.

 

Chanthaburi (100.000 habitants ), la « Cité de la Lune » (ce qui explique que le lapin soit son animal éponyme, qu'on Quartier derriere le temple.retrouve surtout sur les plaques des rues ) est réputée pour ses marchés aux pierres précieuses et les acheteurs y viennent, surtout les week ends, à la recherche de rubis et de saphyrs qui étaient (sont ?) extraits dans les mines creusées dans les flancs des montagnes alentours.

 

« Dans les montagnes de Chantaboum et non loin de notre demeure actuelle, on trouve des pierres précieuses d'une assez belle eau ... » (H.M. p. 100).

 

Les influences, françaises, vietnamiennes et chinoises sont encore bien visibles dans le vieux quartier qui borde la rivière Chanthaburi. Les chrétiens vietnamiens ont fui les persécutions religieuses et politiques de Cochinchine au XIXème siècle, puis deux autres vagues ont suivi. Dans les années 1920 à 1940 ils fuyaient la tutelle française et en 1975, le pouvoir communiste répressif qui s'installait.

Les Français ont occupé la ville de 1893 à 1905, le temps de parvenir à un accord avec les Siamois concernant les frontières cambodgienne et laotienne.

Au loin la cathedrale Chanthaburi.La cathédrale de style français est installée à l'emplacement d'une chapelle missionnaire édifiée en 1711 et reconstruite quatre fois entre 1712 et 1905. Cela devait être, alors, la paroisse de l'abbé Ranfaing qui reçut H. Mouhot lors de son passage à Chantaboum.

 

« Je songeais à quel degré de prospérité cette province pourrait atteindre si, déjà une des plus belles et des plus florissantes du pays, elle était sagement et intelligemment gouvernée, ou si quelques Européens venaient y jeter les fondements d'une colonie civilisatrice. Proximité de la mer, communications faciles et susceptibles de perfectionnement, climat sain, température supportable, et surtout inépuisable fécondité du sol, qui permet la culture des plus riches productions, rien ne manque à cette contrée pour assurer le succès à des planteurs industrieux et entreprenants » ( H.M. p. 97/98).

 

Il ne croyait pas si bien dire, et s'il pouvait revenir en ces lieux je doute qu'il apprécierait la tentaculaire colonisation du monde par le capitalisme libéral !!!

Moine et camion coca cola.

______________________________________

 

* A partir de cette lettre, les citations d'Henri Mouhot, sont extraites de l'édition 2010 (Arléa) du « Voyage dans le Royaume de Siam, de Cambodge, de Laos et Autres Parties Centrales de l'Indochine ».

 

 

 

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commentaires

paul royer 17/05/2010 19:35


Vu que les messages précédents ont disparus, je profite du passage pour te souhaiter… une excellente suite de voyage. En tout cas ton "blog" est super. Gaffe aux chemises rouges…
Martine et moi t'embrassons