Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 08:50

 

Wat Xiang Thong (20)

« Le 25 juillet, j'arrivai à Luang Prabang, charmante petite ville qui, s'étendant sur un espace d'un mille carré, compte une population, non de quatre-vingt mille habitants, comme le dit Mgr Pallegoix dans son ouvrage sur Siam, mais de sept à huit mille seulement. Sa situation est des plus agréables; les montagnes qui resserrent le Mékong au-dessus comme au-dessous de la ville forment une vallée circulaire, dessinant une arène de neuf milles de largeur, qui jadis a dû être un lac, et encadrent un tableau ravissant, qui rappelle les beaux lacs de Côme ou de Genève. Si ce n'était le soleil de la zone torride, qui brille constamment sur cette vallée, ou si une douce brise tempérait la chaleur accablante qui règne pendant le jour, je l'appellerais un petit paradis. » p. 285.

C'est la seule description de Luang Prabang que nous livre Henri Mouhot, d'ailleurs le récit de cette dernière partie de son voyage se résume à une dizaine de pages qui sont ses ultimes notes.

Il s'étend tout particulièrement sur sa visite au roi et ses parties de chasse; quelques pages évoquent les populations locales et leurs us et coutumes.

Luang Prabang est une ville d'à peine 30.000 habitants devenu le premier site touristique du pays et est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO. Cette nomination est arrivée à temps pour limiter et réguler l'élan d'urbanisme qui n'aurait pas manqué de suivre de près ce développement qui attire tant d'étrangers depuis quelques années.

Il faut dire que cette petite ville est effectivement attrayante : son environnement, ses très nombreux temples et les vestiges de l'architecture coloniale sont des atouts indéniables et une partie de sa population a su « prendre le train en marche » !!!

Les trois rues principales du centre historique sont parallèles au Mékong et à son affluent la Nam Khan et reliées entre elles par de très nombreuses ruelles qui leur sont perpendiculaires pour beaucoup rénovées.

Luang Prabang (37)

L'artère la plus importante change quatre fois de nom sur à peine plus d'un kilomètre et à l'instar des grand'rues de nos villes de province elle est le centre névralgique de l'activité commerciale. Se succèdent restaurants, bars, boutiques de toutes sortes, cyber cafés, agences de voyage, mais aussi, rescapées d'une époque presque révolue, quelques échoppes à nouilles, une ou deux pharmacies et quelques épiceries.

Majoritairement tout s'adresse aux voyageurs/touristes à l'origine de ces commerces leur proposant tout ce dont ils ont besoin voire plus. Ainsi, peut-on prendre des petits déjeuners à l'occidentale avec croissants et baguettes beurrées, manger des pizzas ou des pancakes, des steaks frites ou bien des pâtes à la carbonara le tout arrosé de bons vins français ... Quel dépaysement !!!

Les agences proposent l'aventure organisée et le soir venu, cette grand'rue se transforme en marché de nuit où l'on pourra trouver tout ce qui se produit dans les coopératives villageoises, artisanat de pacotille pour souvent, d'inspiration ethnique certes, mais qui suit plutôt la demande de cette foule bigarrée en manque d'exotisme.

Bien sûr on peut relativiser en considérant les nouveaux revenus occasionnés par cette manne qu'apportent les « dollars sur pattes », mais par ailleurs, pour combien de laissés pour compte ?...

Pour en finir avec ce regard critique que certains trouveront certainement un peu trop sévère, je voudrais terminer en mentionnant le manque de respect de ces (trop?) jeunes « voyageurs » à l'égard de la population laotienne qu'on sait très pudique; les shorts portés bien trop courts, les débardeurs indécents, bref des tenues vestimentaires féminines qu'on verrait plutôt sur les plages de la Côte d'Azur que dans des lieux de culte ou même sur le marché aux légumes ... et ce malgré les recommandations qu'on peut lire dans les premières pages de tous les guides de voyage!

Mis à part cet aspect dérangeant sinon choquant, Luang Prabang, devenue un grand bazar, ne manque pas de charme comme le soulignait déjà H. Mouhot il y a 150 ans.

Sur le Mekong vers les grottes de Pak Ou (12)

Les montagnes environnantes offres des destinations de promenades très belles, le Mékong nous permet de circuler en bateau vers des villages et des sites remarquables et quand son niveau est assez haut c'est même une voie de circulation depuis/vers le nord ou Vientiane.

J'avais vraiment envie de revoir les grottes de Pak Ou que l'on atteint en remontant le Mékong sur environ 40 km. La pluie qui tombait presque chaque jour empêchait la promenade; finalement, l'après-midi précédent mon départ, le ciel se dégagea et le soleil apparut. Tardivement je louais au prix fort une embarcation et son pilote. Itinéraire magnifique et retour pour le coucher du soleil.

Quoiqu'il en soit, il y règne une atmosphère calme et il fait bon y flâner mais surtout tôt le matin après avoir assister à la procession quotidienne des moines allant de dévot en dévote en quête de leur ration de riz pour la journée.

Tellement de choses à voir, les temples sont magnifiques, le palais royal où Mouhot fut reçu par le roi et transformé en musée et les vestiges de la présence française ne laissent pas d'étonner, mais j'avais un rendez-vous qu'il ne fallait surtout pas manquer ...

Cenotaphe Henri Mouhot Ban Moun Savath.(2)

Luang Prabang fut la dernière étape importante pour Mouhot avant de décéder le 10 novembre 1861 au bord de la Nam Khan, affluent du Mékong, aujourd'hui sur le territoire du village de Ban Moun Savath, à seulement quelques kilomètres de l'ex capitale royale.

Il suffit pour s'y rendre de louer un vélo ou les services d'un tuk tuk; sept ou huit kilomètres sur une route, d'abord asphaltée puis devenant une bonne piste de latérite pour rejoindre le début du chemin menant au cénotaphe ( tombeau ? ) qui commence en franchissant un petit pont de bois.

L'accès a été facilité grâce à l'initiative d'un passionné, Guy Lherbier, qui a pu, après bien des péripéties et des tracasseries faire défricher le chemin et aménager le site avec une équipe d'hommes du village de Ban Moun Savath qui a depuis la charge de leur entretien. Il y fit également installer une statue en pied de Pavie, qui semble, en retrait à la lisière de la forêt, veiller sur notre voyageur.

Sur la route du retour, je fais une courte étape à Ban Phanom sous la pluie pour une visite rapide du village qui a bien changé .

En arrivant en ville, nous passons devant un atelier devant lequel j'aperçois une statue qui, dans le style ressemble fort à celle de Pavie. Le soir même je reviens pour apprendre que le sculpteur, Phmi Pha, est effectivement celui qui a réalisé la statue qui veille sur Mouhot . Malheureusement je ne pourrais pas le rencontrer. En revanche sa fille met à ma disposition les documents qui servent à la réalisation des œuvres. Celle qui se trouve à l'extérieur en est une en devenir de Louis Delaporte ...

Atelier du sculpteur Phmi Pha. Luang Prabang.(1)

En mai 1867, Ernest Doudart de Lagrée et Francis Garnier ( chefs de l'expédition Mékong ) ont chargé Louis Delaporte de faire ériger le cénotaphe qui fut déplacé vers le haut du cours de la rivière Nam Khan par Auguste Pavie en 1887.

J'ai déposé quelques fleurs cueillies sur le bord de la rivière, accompagné par un magnifique papillon bleu et noir qui s'est posé là un moment, et m'en suis allé sous la pluie ...

 

Cenotaphe Henri Mouhot Ban Moun Savath.(8)

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

levieugrisage 04/07/2010 12:01


salut Christian.je suis pas à pas tes pérégrinations .beau reportage!@+voyageur