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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 09:50

 

M. Mouhot naviguant entre les iles du golfe de Siam. Dessin

 

 

Un voyageur ne doit ignorer aucun métier; un jour, je dus me faire tailleur de pierre pour détacher l'empreinte d'un animal inconnu de la surface d'un large bloc de granite enfoui au fond d'un torrent de la montagne. *

 

Lorsque, pour la première fois, notre lointain ancêtre se dressa sur ses pattes de derrière et que les limites visibles de son territoire reculèrent à l'infini, sa vision du monde bascula définitivement dans une nouvelle dimension.

De proie, il devint chasseur. Son instinct se développa en intelligence cognitive le transformant ainsi en chercheur s'émerveillant chaque jour un peu plus devant ce champ de connaissances qu'il n'avait , jusque là, pas pu appréhender.

Homo habilis n'a-t-il pas été le premier naturaliste ? ... par nécessité, certes, mais la curiosité avait déjà dû l'emporter plus d'une fois ...

 

La recherche scientifique correspond à un besoin de l'homme, celui de connaître et de comprendre le monde et la société dans lesquels il vit. Ce besoin n'a pas de justification économique ou politique; il constitue, en quelque sorte, l'objectif culturel de l'activité scientifique. Mais la science, même dans ses aspects les plus fondamentaux, implique une maîtrise de la nature; elle est donc synonyme de puissance. Associée à la technologie, elle est devenue aujourd'hui un enjeu politique et économique. L'apparition progressive de politiques dans ces deux domaines depuis le début du siècle [en l'occurrence le XXème ] ( mais surtout de fait après la Seconde Guerre mondiale ) a correspondu à la prise de conscience de cette réalité par les pays industriels.

Ce que nous appelons désormais la recherche scientifique ou technologique a une dimension sociale: au fil des décennies, son développement a exigé des moyens de plus en plus importants. Elle a pu croître, car elle s'est institutionnalisée et intégrée, avec ses spécificités, à la vie sociale, culturelle, économique et politique des nations.( Encyclopédie Universalis Paris 1991

 

Aristote ( 384 – 322 av JC ) et Pline l'ancien ( 23 – 79 )auteur d'une vaste compilation scientifique en 37 livres : Histoire naturelle, furent les précurseurs les plus connus. Plus proche de nous Buffon ( 1707 – 1788 ) Histoire naturelle et Darwin ( 1809 – 1882 ) Voyage d'un naturaliste autour du monde et De l'origine des espèces par voie de sélection naturelle, ont ouvert la voie de la recherche dans les sciences naturelles.

 

Toutes les grandes expéditions d'exploration furent accompagnées par des observateurs attentifs chargés de répertorier la faune et la flore, de décrire les pays découverts et les sociétés primitives qui les peuplaient.

 

Henri Mouhot s'inscrit dans la lignée de ces chercheurs infatigables, souvent autodidactes, qui, très tôt, accompagnant les premiers explorateurs, ont sillonné le monde pour mieux le comprendre tout en tentant de se comprendre eux-mêmes.

 

Élevé dans une famille protestante, il entra au collège Cuvier le 16 octobre 1837 en classe de sixième comme externe et y poursuivit une scolarité normale jusqu'en juin 1844.

 

Contrairement à ce qui a pu être écrit jusqu'à présent, il ne fut pas un élève brillant et hormis un prix d'orthographe et de narration, il ne se distingua pas particulièrement. Les examens d'août 1843 le jugèrent trop faible pour passer en rhétorique et il termina donc en seconde ses études sanctionnées par un Certificat d'Études Collégiales le 14 juillet 1844. Le 5 novembre de la même année, sa mère décédait.

 

Ce n'est donc pas bardé de diplômes, comme on a pu le prétendre, qu'il quitta à 18 ans Montbéliard pour la Russie des Tsars où il enseigna le français à l'Académie Militaire de Voronej sur le Don et peut-être aussi à Saint Saint-Pétersbourg où le photographe Sergueï Levitsky, élève de Daguerre, a pu l'initier aux techniques du daguerréotype.

 

Après un périple photographique européen en compagnie de son frère Charles et son mariage avec Ann Park, il finit par s'établir à Jersey. C'est là que naîtra le projet de ce funeste voyage vers l'Asie du sud-est en lisant, très probablement les ouvrages de Bowring et de Pallegoix. Il se passionnera alors pour les sciences naturelles et se familiarisera avec les différentes disciplines qui constituaient alors le bagage de tout bon naturaliste.

 

Wipikédia nous donne une bonne définition de cette pratique :

 

Est dit naturaliste ( adjectif, mais naturaliste est aussi un nominatif ) un savant ou un amateur éclairé qui pratique la science de la nature, notamment la botanique, la minéralogie ou la zoologie.

Ce terme est apparu en 1527 à partir du latin naturalis et du suffixe -iste , il désignait à cette époque, le spécialiste d'histoire naturelle mais aussi la personne qui suit ses instincts naturels.

On nommait aussi naturaliste, au XVIIIème siècle et au début du siècle suivant, la personne chargée de récolter des spécimens d'histoire naturelle, que ce soit dans le cadre d'une expédition scientifique ou à son propre compte. Il désignait aussi par extension, une personne faisant commerce de spécimens naturels.

Le mot a été largement utilisé jusqu'au XIXème siècle avant d'être peu à peu remplacé par les termes spécifiques des différentes disciplines.

Il est usité au XXème siècle et encore aujourd'hui, pour désigner un généraliste amateur ou plus spécialisé des sciences naturelles.

M. Mouhot bivaquant dans les bois du Laos. Dessin de E. Boc

Henri Mouhot ne parvint manifestement pas à obtenir une aide des sociétés savantes parisiennes, résidant à Jersey, il se tourna vers Londres. Grâce sans doute à son mariage avec Ann Park et l'influence de sa famille, il obtint l'appui moral de la Royal Zoological Society et de la vénérable Royal Geographical Society, mais c'est à ses frais qu'il entreprit son voyage.

 

Au fil de ses différentes étapes asiatiques, il constituera d'importantes collections de spécimens d'insectes, de reptiles ou de coquillages qu'il enverra, à chacun de ses passages à Bangkok, vers Londres à l'attention d'un M. Stevens qui fut manifestement son revendeur et qui les vendra pour lui au British Museum. Ainsi put-il, grâce à ces gains substantiels, continuer son voyage.

 

... Le bateau à vapeur [ le Sir John Brooke ] sur lequel la maison Gray, Hamilton et Cie, de Singapour, avait chargé toutes mes dernières caisses de collection, vient de sombrer à l'entrée due ce port. Voilà donc mes pauvres insectes qui me coûtent tant de peine, de soins et de travail à jamais perdus !... Que de choses rares et précieuses que je ne pourrais sans doute pas remplacer, hélas ! *

Mouhotia.

Notons que, malgré sa célébrité momentanée pour la « découverte » d'Angkor à la fin du XIXème siècle, Henri Mouhot n'apparaît dans aucun dictionnaire ou encyclopédie et il m'a fallu, par hasard « tomber » sur cette définition :

MOUHOTIA;n.f. ( de Henri Mouhot n. propre ) Carabique scaratiné noir luisant, avec les élytres largement cerclées de rouge ou de vert métallique, qui habite l'Indochine, dans le Grand Dictionnaire Encyclopédique Larousse ( Paris 1984 – tome X – p. 7142 ), pour trouver quelque part une référence à notre cher explorateur dont le nom est porté par quelques spécimens qu'il fut le premier à observer, par exemple :pyxidea mouhotii ( une tortue ), oligodon mouhoti ( un serpent ) helix mouhotii et le susnommé mouhotia gloriosa ( des coquillages ).

 

[...] ... cependant, j'avais tracé mon itinéraire, je savais que cette dangereuse région renferme des coquilles terrestres et fluviales que je ne trouverais nulle part ailleurs [ note de bas de page : c'est de là que viennent les beaux Bulimus cambogiensis et l'Helix cambogiensis et aussi l'Helix mouhoti (note de Charles Mouhot, frère d'Henri )], et que cette tribu de sauvages presque inconnue [ les Stiengs ] m'offrirait une étude curieuse et intéressante; il n'en fallait pas davantage pour me pousser en avant. *


Planche de coquillages decouverts par M. Mouhot. Alycoeus m

 

* - Voyage dans les royaumes de Siam, de Cambodge, de Laos et autres parties centrales de l'Indochine. Henri Mouhot. Arléa Paris février 2010. page 98.

* - op. Cit. Pages 223 et 224.

* - op. Cit. Page 143.

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