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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 06:14

Depuis ma guesthouse'. Siem Reap.

En 1860, lorsque Henri Mouhot arriva au Cambodge, celui-ci était sous la domination siamoise depuis plus d'un siècle.

« I y a près d'un siècle que la province de Battambang est soumise au Siam; depuis ce temps plusieurs fois, elle a cherché à se soulever, et même à se donner aux Annamites qui s'étaient emparés, il y a une vingtaine d'années de tout le Cambodge; mais ceux-ci furent repoussés par les Siamois jusqu'au-delà de Pemon Penh. Depuis ce temps le Cambodge n'a pas éprouvé d'autre attaque des Cochinchinois, mais il est resté tributaire de Siam » p.171 où une note nous explique que : « Le 5 juillet 1867, un traité sera signé entre la France et le Siam, qui confirmera le protectorat français sur le Cambodge, tout en maintenant l'appartenance au Siam des provinces de Battambang et de Siem Reap qu'il avait déjà annexé ».

Après son périple de Kampot à Brelum via Udong, il se dirigea d'abord vers Battambang en traversant le Tonlé Sap dans sa plus grande longueur. Il lui fallu trois journées de navigation avant d'arriver à « Ongkor la nouvelle, bourgade insignifiante, chef lieu de la province actuelle et située à quinze milles au nord-ouest des bords du lac » p. 181

On peut supposer que cette bourgade insignifiante n'était autre que la future Siem Reap.

Pour des raisons d'organisation pratique et de temps, puisque j'étais à Kratie, j'ai d'abord rallié Siem Reap ( le 26 mai ) et Angkor avant de naviguer vers Battambang ( le  3 juin ) en traversant le Tonlé Sap et en remontant la rivière Stung Sangker qui traverse Battambang.

Siem Reap la nuit.

J'avais gardé le souvenir d'une petite ville gardant encore un charme désuet émanant de ces beau bâtiments de l'époque coloniale. Aujourd'hui, la ville de Siem Reap est un centre touristique en pleine expansion et une ville moderne dont la population ne cesse d'augmenter et je n'ai pas trouvé de chiffre définitif. Selon les différentes sources on va de 130 à 800.000 habitants ?!! Étape incontournable pour les visiteurs d'Angkor, elle ne fait que s'agrandir et compte désormais beaucoup plus d'hôtels, de restaurants et de bars que de temples.

J'ai profité de mon passage à Siem Reap pour aller assister au concert que donne tous les samedi soir, sans relâche, le docteur Beat Richner un Zürichois, et ainsi soutenir son action. Ancien humanitaire il a laissé son confort suisse depuis plusieurs décennie pour consacrer son temps et son argent à aider les Cambodgiens. Il a commencé par construire un hôpital à Phnom Penh, Kantha Bopha. Il en est aujourd'hui à son cinquième Kantha Bopha. Les soins sont dispensés gratuitement et s'adressent tout particulièrement aux enfants de familles défavorisées. Les donations, souvent généreuses et ce que lui rapportent les concerts, lui permet de continuer cet aventure humaine hors du commun. Il joue Bach au violoncelle et raconte son histoire. Il a intitulé cette partie de lui : Beatocello.

Concert du Dr Beat Richner Beatocello. Siem Reap.

Le site d'Angkor s'étend sur plusieurs centaines de km2 et il faut beaucoup de temps pour en faire le tour si tant est qu'on puisse le faire vraiment. L'entrée du parc comporte un péage où l'on peut choisir d'acheter une carte pour un, trois ou sept jours ( 20, 40 et 60 $US ). Pour se déplacer il y a bien sûr plusieurs options possibles : louer un vélo ou une moto, louer les services d'un taxi-moto ( moto dop ), un tuk tuk, un taxi ou des visites organisées.

Pour ma part j'ai choisi le tuk tuk plus confortable que la moto, les conducteurs parlent assez bien l'anglais et connaissent les lieux comme leur poche. Pour des destinations plus lointaine comme Banteay Srei, Roluos ou Beng Mealea, le tuk tuk est dételé de la moto qui nous transportera plus rapidement, mais on en a quand même à chaque fois pour une journée. Je parlerai plus tard du Preah Vihear tout au nord sur la frontière thaïlandaise et de la véritable expédition que représente les 250 km qu'il faut parcourir pour l' atteindre.

Je ne me lancerai pas dans cette lettre dans une longue et fastidieuse description des différents temples que j'ai arpenté pendant de longues mais merveilleuses journées. Je préfère suggérer de lire l'incontournable ouvrage de Maurice Glaize consacré à Angkor et qui est une référence depuis sa première édition dans les années 1920 si j'ai bonne mémoire.

Avant mon départ, j'avais établis une correspondance par courriel avec Pascal Royère qui depuis 17 ans dirige l'équipe chargée de reconstituer le Baphuon. Il me m'accueillit sur le chantier et m'accorda un entretien, que j'ai enregistré et que je restituerai quand je l'aurai retranscrit. Il me fit même l'honneur d'une visite du chantier.

Bravant la chaleur et les fortes pluies d'orage de pré-mousson, me déchaussant parfois car les lieux étaient inondés, cherchant l'ombre à peine rafraîchissante d'un arbre ou des vieilles pierres mais me protégeant des rayons brûlants du soleil, je ne me lassais pas de contempler les vestiges de cette civilisation khmère alors à son apogée. Et, ce faisant j'avais vraiment l'impression d'être en phase avec notre aventurier naturaliste. (voir l'album Angkor et les documents).

Architecture coloniale renovee. Siem Reap.

« Nous mîmes une journée entière à parcourir ces lieux, et nous marchions de merveille en merveille, dans un état d'extase toujours grandissante.

Ah ! Que n'ai-je été doué de la plume d'un Chateaubriand ou d'un Lamartine, ou du pinceau d'un Claude Lorrain, pour faire connaître aux amis des arts combien sont belles et grandioses ces ruines peut-être incomparable, seuls vestiges, malheureusement, d'un peuple qui n'est plus et dont le nom même, comme celui des grands hommes; artistes et souverains qui l'ont illustré, restera probablement toujours enfoui sous la poussière et les décombres ! » p.182 & 183

Il faudrait des mois pour prendre la mesure de l'ancienne cité de pierre. Certains temple tels le Ta Prohm ou Beng Maelea sont encore préservés dans un état, certes entretenu, proche de celui qui était le leur lors du passage des premiers explorateurs. Mouhot est considéré comme le « découvreur  d'Angkor » mais bien d'autres avant lui avaient pu visiter la ville alors même qu'elle était encore en activité ( voir documents : prédécesseurs et successeurs).

Après son abandon en tant que ville, Angkor Thom et ses temples, dont le plus prestigieux est Angkor Vat, n'ont jamais cessé d'être fréquentés par les pèlerins hindouistes ou bouddhistes. Aujourd'hui encore, la plupart des temples sont toujours sacralisés et tous, ou presque, abritent en leur sein des statues de Bouddha quotidiennement fleuries. Les effluves d'encens accompagnent toutes les visites et les dévots sont nombreux à se prosterner devant les représentations religieuses.

Pour faire le pendant aux Apsaras des temples d'Angkor j'ai voulu assister à une représentation de danse classique. Pour cela, un seul moyen, s'offrir un repas ( gargantuesque ) dans un des grands restaurants de la ville qui proposent des spectacles de danse. Je n'ai pas été déçu, ni d'un côté ni de l'autre. Buffet à volonté et magnifique représentation.

Siem Reap est donc pour ainsi dire devenue le centre névralgique du tourisme au Cambodge.

Gracieuse Apsara. Siem Reap.    

Le bateau pour Battambang devait partir à 7h30. Un mini bus est venu me prendre à la guesthouse et évidemment fit le tour de la ville pour prendre les autres voyageurs

Nous étions une bonne quarantaine de passagers à bord de ce petit bateau dont une bonne douzaine d'étrangers, essentiellement de jeunes américains qui, sûrement bien fatigués d'une nuit passée de bar en bar, n'étaient pas ou peu attentifs à ce que nous traversions. Assis face à face avec juste l'espace suffisant pour nos jambes, j'avais tout le loisir de les observer. Dormant, lisant ou échangeant des impressions, ils paraissaient insensibles au magnifique environnement nous entourant

Après la traversée du nord du lac aux allures de mer intérieure, sous un ciel changeant chargé d'e mousson, nous avons commencé à remonter la rivière Stung Sangker vers Battambang.

Remontee de la riviere Stung Sangker vers Battambang.

Villages flottants ou sur pilotis, forêt venant plonger ses racines dans les eaux chargées de limon de la rivière et la possibilité d'observer de très nombreux oiseaux aquatiques, pêcheurs ou bateaux transportant diverses marchandises, tout sollicitent sans cesse la curiosité ...

Les nuages, de plus en plus lourds finirent par se zébrer d'éclairs et l'orage éclata. Pluie battante, lourde et pénétrante. Malgré les bâches déroulées à la hâte de chaque côté de l'embarcation, l'eau s'infiltrait de toute part et bientôt nous avions les pieds dans l'eau et les dos trempés ...

« Il me fallut trois grandes journées de navigation pour traverser dans son plus grand diamètre; la petite Méditerranée du Cambodge, vaste réservoir d'eau douce, et on pourrait dire de vie animale, tant les poissons abondent en son sein, tant les palmipèdes de toutes tailles et de toutes couleurs pullulent à sa surface » p. 169

L'arrivée à Battambang se fit vers 15h00 et nous avons été accueilli par une « meute » de rabatteurs pour les hôtels et les guesthouses.

      Fin d apres midi aerobic. Battambang.

Battambang est une ville de 140.000 habitants qui elle aussi a conservé une belle architecture coloniale.

Comme toutes les autres ville du Cambodge elle profite assez bien de la manne touristique et une partie de ses habitants jouissent d'une relative prospérité. La circulation est très dense et c'est un flot incessant de motos et de voitures dans un vacarme incessant. Beaucoup de 4 x 4, trop à mon goût, reflètent le soucis d'afficher d'une façon ostentatoire qu'on a réussi. Mais comme ailleurs, cette prospérité est à deux vitesses et les laisser pour compte forme une population miséreuse mendiant de restaurant en restaurant et vivant dans la périphérie lointaine, le long de l'ancienne voie ferrée par exemple, dans des cahutes faites de bric et de broc.

Il y a huit ans, le chemin de fer fonctionnait encore entre Battambang et Phnom Penh; maintenant la gare est fermée et abandonnée (celle de Phnom Penh aussi mais elle, comme monument, est au moins entretenue ), les wagons se désagrègent sous l'effet de l'oxydation et les rails tordus se perdent dans une végétation abondante ...

Mouhot n'avait fait qu'une brève étape à Battambang et pu, en compagnie de l'abbé Sylvestre, visiter quelques ruines, le Phnom Baset, le Phnom Banon et le Vat Ek Phnom datant du XIème siècle. La route menant au premier était impraticable à cause de la pluie mais j'ai pu me rendre aux deux autres.

Phnom Banon'''. Battambang.

Le Phom Banon à 28 km au sud, est le mieux préservé et le plus majestueux. Il faut gravir une volée de 358 marches de pierre pour mériter de le découvrir. Il est construit selon le même plan qu'Angkor Vat et les habitants affirment qu'il a inspiré les constructeurs de ce dernier.

En chemin je me suis arrêté dans un vignoble que j'avais repéré à l'aller. J'ai même pu déguster la production de la propriété.

Tout a commencé dans les livres il y a 11 ans et avec l'achat de quelques plants de Cabernet Sauvignon. Maintenant on y produit 10.000 bouteilles par an, fruits de 3 vendanges ( juillet, novembre et février), le climat le permet. La vigne reste presque toujours verte et le raisin n'atteint donc bon une maturité suffisante pour en tirer un vin de qualité. Celui-ci est un peu sucré et passe en tant qu'apéritif, mais ne satisfait pas nos palais formé aux vins tanniques et plus corsés. Il n'empêche que cette exploitation fonctionne et emploie sur 4 ha, une dizaine d'ouvriers tout au long de l'année. Comme elle est unique au Cambodge elle attire nombre de personnalités de tout bord et même le roi s'est déplacé ...

      Vignoble de Choer Teal. Battambang.

J'en profite pour faire une petite parenthèse concernant les conducteurs de tuk tuk et autres moto dop. Le tourisme se développant, c'est une catégorie professionnelle qui, au Cambodge ne fait que croître. En pleine saison, cela ne leur pose pas vraiment de problème car il y a abondance de clients et souvent pas trop regardante au prix !... Qu'est-ce que deux ou trois dollars pour un Occidental seulement de passage ?... Mais pour un Cambodgien, c'est assurer la subsistance de toute sa famille et quand tout va bien, il gagnera 40 ou 50$ par mois.

Mais, voilà,c'est le début de la saison creuse, la concurrence est féroce et les clients se font rares, d'autant qu'avec les troubles qui agitent la capitale thaïlandaise, l'afflux de touriste a considérablement diminué.

Alors un grand merci à Rong, Sithal, Lucky, Ket et les autres avec lesquels j'ai passé des moments précieux et sans lesquels, souvent, nous aurions bien du mal à circuler.

Lucky Pre Rup

Le Vat Ek Phnom ( 11 km au nord ) : XI ème siècle, entouré d'un vestige de mur en latérite et d'un ancien baray ( réservoir ) il mesure 52 m sur 49 m; un linteau représentant le barattage de la mer de lait surmonte l'entrée est du temple central. La construction d'une série de statue en béton dont un Bouddha immense a été stoppée par le gouvernement pour ne pas gâcher la beauté intemporelle du lieu ... mais un Vat de facture récente bloque la vue sur le temple dès l'arrivée.

En cours de route Ket, mon conducteur m'arrête devant l'ancienne fabrique de Pepsi et plus loin nous passons devant une école qui a pu être financée grâce à une grosse donation de Juliette Binoche ...( A l'opposé Alain Delon lui, depuis longtemps, a vendu son nom à un fabriquant de cigarettes qui portent son nom et dont on voit la publicité un peu partout ... pas la même éthique ! ...)

Après la visite du Vat Ek Phnom j'ai pu assister à la fabrication artisanale de galettes de pâte de riz qui servent à rouler les ingrédients des rouleaux de printemps. Une grande fabrique de pâte de poissons méritait le détour des dizaines de jeunes femmes occupées sous une immense halle débitent du poisson en petits morceaux qui iront fermenter dans des grandes jarres en terre ou des tonneaux en bois. Odeurs de poisson fermentant pas facile à supporter ... elles y passe leur journée pour un salaire de misère ( 1000 riels – 0, 20€ - par centaine de kilo débité 12 heures par jour et 10.000 riels à la fin de la journée ...

Etetage des poissons. Fabrique de pate de poisson. Battamba

Pour finir, presque à la tombée de la nuit, un moment de recueillement devant le mémorial à la mémoire des victimes du régime Khmer rouge de Pol Pot.

Départ pour Bangkok le dimanche 6 juin par Poïpet poste frontière mais aussi centre d'affaire et de trafic en tout genre. Les marchandises en provenance de Thaïlande y transitent avant d'approvisionner les magasins et les étals de Siem Reap et de Battambang. Trafic humain aussi, mais de ça on ne parle pas beaucoup car il alimente en jeunesse perdue les quartiers chauds de Bangkok ou Pattaya. De grands hôtels de luxe et des casinos ( le jeu est interdit au Cambodge, mais ici c'est possible ) ponctuent le paysage de ce lieu désormais urbanisé et devenu un centre économique important.

Dès les premiers kilomètres parcourus en Thaïlande, j'ai vraiment l'impression de revenir d'un pays très lointain, si lointain qu'on pourrait penser qu'il est perdu au milieu de nulle part ... et pourtant, j'y ai rencontré des gens remarquables, quelques fripouilles aussi, et même, je l'espère, suscité un peu d'espoir.

Les Cambodgiens ont du mal à se sortir des conséquences de guerres meurtrières : corruption à tous les niveaux et pour la grande majorité économie de survie.

Pays magnifique aux richesses naturelles importantes et à l'héritage culturel extraordinaire, le Cambodge mériterait de se sortir de ce marasme. Mais pour cela il faudrait que la communauté internationale s'y intéresse autrement et qu'enfin les ONG n'aient plus à y intervenir.

      Frontiere Cambodge Thailande'. Poipet.

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