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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 07:48

Grotte de Khao Luang Phetchaburi (6)

Après quinze mois de voyage au travers du Cambodge et dans l'est de la Thaïlande, Henri Mouhot revint le 4 avril 1861 à Bangkok qu'il retrouva avec joie dans la perspective d'un petit peu de confort. Il y resta un mois en reprenant probablement contact avec les relations qu'il y avait nouées et il fut comblé par un énorme paquet de lettres lui apportant des nouvelles de sa famille. Il eut le temps de mettre de l'ordre dans ses notes et de préparer la suite de son périple qui le conduira jusqu'à Luang Prabang au Laos.

« Une autre grande joie, après ces quinze mois de voyage et de privation absolue de nouvelles d'Europe, fut, en arrivant à Bangkok, de trouver un énorme paquet de lettres m'apprenant une infinité de choses intéressantes de la famille et de la patrie éloignées. Qu'il est doux, après tant de mois de solitude et d'absence de nouvelles, de relire les lignes tracées par les mains bien-aimées d'un vieux père, d'une femme, d'un frère ! Ces jouissances, je les compte aussi parmi les plus douces et les plus pures de la vie ». p. 214 

Je ne suis resté à Bangkok que quelques jours, le temps de revoir les amis, d'expédier par internet la suite de mon travail et d'obtenir le visa laotien. Toutes proportions gardées, un voyage en 2010 peut se vivre comme au milieu du XIXème siècle, les mêmes préoccupations, la joie de quelques nouvelles de mon épouse, de la famille et des proches m'arrivant par courriels mais sans que la solitude ne pèse, d'ailleurs je m'en accommode parfaitement et de toute façon les rencontres intéressantes sont très fréquentes.

J'ai écrit au Roi Bhumibol Adulyadej ( Rama IX) au tout début de ce périple pour solliciter une audience à l'instar de mon prédécesseur qui fut présenté au Roi Mongkut ( Rama IV ) son illustre aïeul et pendant le règne duquel l'influence chinoise déclina au profit de l'Occident.

D'abord ce n'était qu'une idée parmi d'autres, mais en en parlant avec mes nouvelles amies thaïlandaises, je finis par être convaincu de la possibilité d'une telle démarche. Mon et Tukie avaient plus d'un argument à me soumettre : le Roi parle et lit le français, c'est un musicien ( saxo ) et aussi un bon photographe. Et puis, très malade, arrivant à la fin de sa vie, il aurait peut-être la curiosité de me rencontrer ... Tukaï se débrouilla pour trouver l'adresse de son cabinet de doléances et m'écrivit cette adresse sur une enveloppe dans sa superbe écriture thaï ... Malheureusement, à ce jour toujours aucune réponse ...

« Cependant les pluies ayant commencé, tout le pays [ le Laos ] est inondé et les forêts sont impraticables. J'avais donc quatre mois à attendre avant de mettre ce plan à exécution. Je m'empressai de mettre en ordre ma correspondance, d'emballer et d'expédier toutes mes collections, et après un séjour de quelques semaines à Bangkok, je me remis en route pour la province de Petchaburi, située vers le 13ème degré de latitude nord, au nord de la péninsule malaise ». p. 215

      Phetchaburi (1)

Quatre jours plus tard, le 10 juin, et après avoir obtenu mon visa laotien, je pris un train matinal à destination de Phetchaburi.

Deux heures d'un voyage confortable dans une étonnante « micheline » diesel de deux wagons avec, malheureusement l'air conditionné mais un service de bord excellent : boisson et repas servis par des hôtesses en uniforme. 

Après quelques centaines de mètres parcourus à pied depuis la gare, à ma grande surprise je suis interpellé par une dame en moto qui me demande où je vais et après lui avoir indiqué le nom de la guesthouse où je me proposais de résider, elle m' invite à monter et sans autre pensée que de me rendre service me conduit à l'adresse indiquée ... 

Phetchaburi est une petite ville d'à peine plus de 40.000 habitants où on ne croise que de rares touristes ce qui la rend plus agréable car on n'est jamais harcelé par les conducteurs de tuk tuk ou les vendeurs de toutes sortes dont l'insistance est le lot quotidien d'une promenade à Bangkok. Elle n'est pas très loin de la mer et en faisant vite j'aurais même pu aller pu aller piquer une tête dans les eaux du golfe de Thaïlande ... 

Je consacrais ma première après midi à la visite de ces grottes sanctuaires Khao Luang et Khao Bandaï It si belles et que Mouhot prit un certain plaisir à découvrir.

« En quittant le sommet de ce mont, [ Khao Wang ] nous descendîmes dans les profondeurs d'une antre, à trois milles de distance, qui est également un volcan éteint ou un cratère de soulèvement. Ici se trouvent quatre ou cinq grottes, dont deux, surtout, sont d'une largeur et d'une profondeur surprenantes, et d'un pittoresque extrême. A la vue d'un décor qui les représenterait avec fidélité, on les croirait l'œuvre d'une riche imagination, et on nierait qu'il soit possible de rien voir d'aussi beau dans la nature ». p. 219

      Grotte de Khao Luang Phetchaburi (7)

Le lendemain matin, j'explorai la petite colline ( Khao Wang ), où est installé le palais du Roi à le périphérie de la ville. C'est comme un grand jardin boisé, qui est d'ailleurs un parc national historique et où l'on circule sur des chaussées pavées ou asphaltées, c'est aussi le domaine des singes qui y vivent en groupes très importants. Je ne sais pas si le Roi y vient encore de temps en temps, mais c'est un bel ensemble architectural d'influence européenne et il fait bon y prendre son temps. Depuis le sommet on a une vue admirable su le ville, les campagnes environnantes et les montagnes de la chaine de Tennasserim. 

« Notre première promenade fut pour le mont le plus rapproché de la ville, au sommet duquel se trouve le palais du roi. De loin l'apparence de cette construction d'architecture européenne est charmante, et sa situation sur la hauteur est des mieux choisies. Une magnifique chaussée y conduit depuis le fleuve, et le sentier sinueux qui mène à l'édifice a été parfaitement ménagé au milieu des roches volcaniques, basaltes, scories, qui couvrent toute la surface de cet ancien cratère » p. 218

Khao Wang colline au Palais Phetchaburi (18)    

Après un séjour de quatre mois à Phetchaburi, Henri Mouhot remonta à Bangkok pour préparer la suite de son voyage et se soigner de la gale. C'est à Bangkok qu'il apprend que :

«  ( ... ) le bateau à vapeur sur lequel la maison Gray, Hamilton et Cie, de Singapour, avait chargé mes dernières caisses de collections vient de sombrer à l'entrée de de port. Voilà mes pauvres insectes qui m'ont coûté tant de peines, de soins et de mois de travail à jamais perdus !... Que de choses rares et précieuses je ne pourrais sans doute pas remplacer, hélas ! » p. 224 

Je n'avais rien à faire de particulier à la capitale, aussi décidais-je de ne passer à Bangkok que le temps de sauter dans un bus à destination de Nakhon Ratchathani ( Khorat ).

Voyage en bus confortable sans encombre et sans rien de notable à signaler.

Dès les abords de la ville, aujourd'hui très importante, je sens que je n'y trouverai que l'ambiance bruyante et polluée d'une ville de province comme il y en a tant, sans attrait et rien de particulier à voir, d'ailleurs, Henri Mouhot n'y resta pas bien longtemps, et, à partir de là, on dirait qu'il part en marche forcée, brûlant les étapes : Chaiyaphum et Pukieou n'était alors que des villages et depuis Khorat, ce n'était que forêt épaisse qu'il traversa aisément à dos d'éléphant. Lé 12 avril il avait quitté Bangkok et il arrivait à Loei (Leuye) le 16 mai.

 

« Le 12 avril, j'avais quitté Bangkok; le 16 mai, j'arrivai à Leuye [ Loei ], chef lieu d'un district relevant à la fois de deux provinces, de Petchabun et de Lome, et situé dans une vallée étroite comme tous les villages et villes que j'ai rencontré depuis Tchaïapoun jusqu'ici. C'est le district de Siam le plus riche en minerai. Un des monts renferme des gîtes immenses d'un fer magnétique d'une qualité remarquable; d'autres de l'antimoine, du cuivre argentifère et de l'étain » p. 279

Chiang Khan (17)    

Je passai Chaiyaphum et Pukieou sans regret, à y voir de plus près, pour arriver à Loei; plutôt que de rester dans une ville inintéressante et pour gagner un peu de temps je décidai de ne pas m'y installer mais de pousser un peu plus au nord jusqu'aux rives du Mékong à Chiang Khan.

J'avais appris à Bangkok que les 11 et 12 juin avait lieu à Dan Sai, à cinquante kilomètres à l'ouest de Loei, une grande fête des masques, le Phi Ta Khon, pour honorer les esprits ( Phii ) et unique en Thaïlande. Mais je l'avais complètement oubliée  et la mémoire me revint quand il fallut trouver une chambre. Tout était complet et on me dit qu'il en était de même à Loei.

Il était déjà tard et je fis confiance au conducteur du tuk tuk qui moyennant supplément consentit à me conduire à un « resort », petit complexe hôtelier, loin à l'extérieur de la ville. Je m'attendais à payer un prix exorbitant, il n'en fut rien et on me proposa un petit bungalow très au calme dans la campagne. Je demandai à mon conducteur de venir me reprendre le lendemain matin pour me ramener à Chiang Khan.

Le dimanche matin ( 13 juin ), comme convenu, le tuk tuk était là à m'attendre et me conduisit vers une guesthouse que je trouvai fort animée à cette heure matinale. Une douzaine de motos de toutes cylindrées étaient garées dans la rue et les motards terminaient leur petit déjeuner. Ils étaient venus pour assister au festival à Dan Sai et s'apprêtaient joyeusement à rentrer à Bangkok. Départ évidemment pétaradant ... j'ai dû attendre une bonne heure avant de pouvoir m'installer dans une jolie chambre ouvrant sur une grande terrasse donnant sur le Mékong et le Laos..

Chiang Khan (13)    

Chiang Khan est un petit bourg sur la rive gauche du fleuve qui fait ici la frontière entre la Thaïlande et le Laos, sans prétention particulière il est une étape pour les touristes thaïlandais à qui s'adressent la majorité des boutiques installées dans des maisons traditionnelles en bois et proposant tee shirts, textiles et autres souvenirs ... et d'un coup de bicyclette, on s'évade vite vers la campagne composée d'une mosaïque de rizières où les paysans sont occupés à repiquer le riz, de quelques plantations de bananiers et de jardins potagers.

Avant mon départ pour l'Asie j'avais lu un article mentionnant des vignobles dans la région de Loei. Ayant moi-même travaillé pendant longtemps dans les vignes du Valais en Suisse j'étais fort intéressé par le sujet. Puisque Mouhot était passé par là, je pouvais me permettre ce petit détour et aller découvrir la propriété du Château de Loei une soixantaine de kilomètres vers l'ouest et s'il y avait eu des vignes à l'époque, il n'aurait sûrement pas manqué de faire le détour lui aussi ...

Cela me prit une journée presque entière, entre le déplacement et la visite. 

Bien évidemment personne ne parlait l'anglais mais je finis par trouver un employé qui en pratiquait quelques mots, suffisamment pour comprendre que je voulais visiter la propriété. Il me dit d'attendre un moment et revint très vite avec une autre personne qui m'invita à monter à bord d'un 4x4 et ainsi je pus découvrir ces fameuses vignes. C'est là que l'on composa les premiers vins thaïs en 1995, essentiellement de la syrah et du chenin blanc,mais aussi du malaga et du pokdun un cépage autochtone. Mon chauffeur ne parlant pas l'anglais et moi pas le thaï, je n'eus guère d'explications supplémentaires et bien pire, à la cave de dégustation il n'y avait plus de vin à déguster, je ne saurais donc pas quels sont les goûts des différentes productions du Château !!!

Au retour je pus glaner quelques informations supplémentaires : propriété d'environ 5 ha, production annuelle de 10.000 bouteilles et vendanges en février. Voilà pour le clin d'œil viticole, un peu déçu quand même ...

      Domaine du Chateau de Loei (7)

Pour rallier la frontière à Kaen Thao seulement distante de soixante kilomètres de Chiang Khan, il n'y a pas d'autre possibilité que de retourner à Loe id'où un taxi collectif me conduisit à Thali où je n'eus pas longtemps à attendre pour embarquer dans un autre qui me conduisit rapidement au poste frontière thaïlandais.

 

Après le passage à pied du « Pont de l'Amitié » enjambant une rivière ocre chargée de limon et refusé l'offre d'un tuk tuk me proposant de me conduire plus loin, je continuai à pied et parcourus les deux cents mètres qu'il me restait à faire.

Postes frontières somptueux de part et d'autre; deux arches en béton ouvragé marque d'un côté la sortie/entrée de Thaïlande, et de l'autre l'entrée/sortie du Laos.

Il était midi. Calme plat, repos et sieste au programme ...

Les Thaïs ne posent aucune question et apposent le tampon de sortie sur mon passeport sans problème.
En revanche, du côté lao, j'ai vraiment l'impression de déranger et, en guise de représailles ou par simple curiosité, un tout jeune fonctionnaire en uniforme se donne pour tâche de faire l'inventaire presque exhaustif de mes sacs ...

Deux ou trois personnes et un circuit entre quelques bureaux sont nécessaires pour accomplir les formalités, qui se résument au remplissage d'un petit formulaire et à un coup de tampon, il faut bien s'occuper ... qui plus est, cette frontière n'étant ouverte que depuis un peu plus d'un an, les falangs, de passage doivent être rares, profitons-en donc ... ( falang, dérivé du mot thaï qui signifie français et qui est devenu le mot générique pour désigner les étrangers )

La frontiere cote Thailande (2)

Là un nouveau tuk tuk m'interpelle, cette fois je ne m'y soustrait pas car sais que l'endroit où je dois embarquer dans un songthaw ( taxi brousse ) est assez éloigné.

Après un petit kilomètre, la route bitumée laisse place à une piste de latérite ...

L'endroit pompeusement présenté comme la gare routière n'est qu'un espace dégagé où quelques arbres dispensent une ombre rare aux quelques personnes se trouvant là. 

Sous un arbre mon songthaw attend mais ne piaffe pas d'impatience, sur un châlit son chauffeur fait la sieste, sa femme qui s'occupe d'encaisser le prix du voyage me fait comprendre qu'on ne partira pas avant 14h00 ... je dépose mes sacs et baguenaude un moment, prenant le temps d'assister à une partie de pétanque qui se déroule un peu plus loin ...

Une route en contrebas conduit à un hameau avec quelques commerces dont un restaurant qui fait aussi guesthouse. .
Je m'y installe et commande un laâp, c'est une spécialité laotienne.

La recette originale est une espèce de salade de viande crue hachée très fin ( bœuf, poulet ou même poisson ) que l'on fait « cuire » au citron, on y ajoute de la coriandre, du piment et de la menthe fraîche, un peu d'ail, parfois des germes de soja et l'on sert accompagné de riz collant et de légumes frais crus, concombre, tomates ou haricots sur lit de salade. C'est un plat que j'ai toujours apprécié mais avec de la viande cuite et je ne m'attendais pas du tout à ce qu'on me serve la recette originale ... j'avoue que j'ai eu un peu de mal, la viande n'était pas hachée menu et c'était terriblement pimenté ...

 

Retour aux boulistes ...

Le chauffeur ronflait, vraiment, et ne semblait pas vouloir se réveiller, c'est sa femme qui vers 15h00 le remua ... ébrouement, quelques mouvements d'échauffement, remplir d'eau le radiateur et un peu de bavardage ... enfin, en route ...

les premiers contacts cote laotien (2)    

Les quinze premiers kilomètres la piste était bien nivelée mais après cela devint terrible ... Chantiers ponctuels tout le long de l'itinéraire. Quelques engins, une poignée d'ouvriers, d'énormes buses en bétons et des nids de poules qui avaient plutôt la taille de nids de dinosaures ... villages qu'on traverse et qui ont pris la couleur ocre de la poussière de latérite enveloppante et qui doit être source de bien des problèmes ORL et ophtalmo, surtout chez les enfants ...

Route qui, si tout va bien, sera opérationnelle dans quelques années. 

Travail gigantesque qui évidemment s'accompagne de son lot de déforestation, mais la problématique n'est pas récente.

La pression économique pousse les villageois à se lancer dans des cultures à grande échelle pour eux inhabituelles: le maïs et le tek occupent donc toutes les pentes accessibles faisant reculer rapidement la forêt et mis à part quelques plantations de bananiers je n'ai pas rencontré beaucoup de diversité.

On croise, ou on dépasse, souvent sur les bords de la piste des paysans et leurs enfants lourdement chargés de bois qu'ils ont dû aller chercher très loin de chez eux puisque à proximité il n'y en a plus, probablement plusieurs heures de marche, sans compter que le maïs doit leur être payé une misère...

      La route vers Paklay (8)

La route bien sûr leur apportera beaucoup, mais en contre partie combien de nuisances et d'inconvénients dont ils ne prennent pas encore conscience ?

Apportant modernité et dépendance à ces populations naguère autarciques et relativement libres, elle est déjà source visible et sensible de pollution et les signes avant coureurs de la globalisation ont fait leur apparition : téléphones portables, motos, 4 x 4 etc...

Contradictions du système libéral dans lequel le monde est installé ... 

Des 4 x 4 flambant neufs, mais couverts de poussière sont lavés à grandes eaux; opération à répéter combien de fois par jour si l'on veut un véhicule rutilant ?!!! ... ici l'air est poussière et nul endroit n'est assez hermétique pour y échapper; elle est fine comme de la farine et s'infiltre absolument partout, le moindre souffle d'air, le moindre pas en soulève un nuage ! Alors que dire des camions qui passent à vive allure ?! ... 

Secoué comme jamais, une des pires routes que j'aie pratiquées, couverts de poussières et rompus, nous arrivons deux heures plus tard à Paklay. 

Henri Mouhot n'a pas eu à affronter cette terrible poussière. Il passait de village en village, à pied, à dos d'éléphant ou en pirogue quand les cours d'eau le permettaient. Ses déplacements ne se comptaient pas en heures mais en jours et le rythme chaloupé de l'éléphant était sûrement bien plus propice à l'observation et à la réflexion que celui d'un taxi brousse aux amortisseurs trop fatigués ... un voyage alors était vraiment une aventure périlleuse pendant laquelle les repères étaient totalement différents ...

La route vers Paklay (3)    

« Le 24 juin j'arrivai à Paklaïe [ Paklay ](latitude 19° 16' 58'' ) qui est la première bourgade de cette principauté [ de Luang Prabang ] située sur le Mékong que l'on rencontre en venant du sud. C'est un charmant village, très riche, et plus grand et plus beau que ceux que j'ai rencontré jusqu'ici dans ce pays; les maisons y sont élégantes et spacieuses, et tout y annonce une aisance et un bien-être que depuis j'ai remarqués dans toutes les localités où je me suis arrêté. » p. 281

Comment décrire une ville qui n'en est pas vraiment une ? Elle en a l'organisation géographique : rues principales parallèles au fleuve, ruelles au cordeau perpendiculaires et quelques « places », mais rien ne semble fini ou, pour les quelques maisons de style colonial laissées là par les Français, à moitié abandonné ...

Les rues sont défoncées, jonchées de détritus et évidemment poussiéreuses.

Un grand marché couvert est l'un des deux centres névralgiques économiques, l'autre étant « le port » sur le Mékong, vital pendant la saison des pluies car alors, les pistes deviennent impraticables.

La population est installée dans une relative oisiveté et rien ne laisse transparaître une quelconque agitation. Les joueurs de boules s'activent en fin d'après-midi et les hamacs remplissent leur office tout au long de la journée.

Les jeunes qui parlent quelques mots d'anglais font part de leur découragement et s'interroge sur leur avenir. Aucune formation, pas de possibilité de travail ... alors on songe à quitter Paklay pour Luang Prabang ou Vientiane avec l'espoir de décrocher un hypothétique emploi ... toujours la même vieille histoire ...

Paklay (27)

Mais, comme partout d'ailleurs, les gens sont chaleureux et aiment à rire, souvent à nos dépens ...

Je ne rejoindrai donc pas le point de vue de Mouhot pour décrire Paklay comme une ville charmante, en revanche, le cadre naturel est somptueux.

Le Mékong déroule son cours encadré par les montagnes et la jungle. Sur la rive gauche, la forêt touche presque le fleuve.

Étiage. Des rochers affleurent à la surface des eaux. Le port, co-financé par les Australiens, est ces jours-ci en pleine activité. De grands bateaux sont amarrés et l'on charge des centaines de lourds sacs de maïs qui iront vers Luang Prabang en amont, ou Vientiane ( exportation ) en aval. 

Le ciel est aujourd'hui ( 17 juin ) lourd de nuages et l'orage a éclaté de l'autre côté sans qu'il ne tombe une seule goutte sur la ville. Cela nous vaut des ciels magnifiques et un arc en ciel déploie son arche sur la forêt ensoleillée... 

J'allais oublier d'évoquer un événement « universellement » suivi : la coupe du monde de football. Même à Paklay, les tableaux des différente rencontres sont affichés et certains restaurants proposent sur écran géant la retransmission des matches. Ainsi ai-je pu suivre un moment la rencontre Suisse -Espagne mais comme le foot n'est pas ma tasse de thé j'ai très vite déserté les lieux ...

      Paklay (26)

Mouhot ne s'est pas étendu sur la description de Paklay, pas plus qu'il ne décrit ses déplacements dans cette partie aujourd'hui encore reculée du Laos. Il n'y est pas resté longtemps. Il voyageait depuis trois ans déjà et devait évidemment commencer à ressentir de la fatigue et peut-être de la lassitude : il voyageait lentement et sans doute éprouva-t-il des moments de grand découragement malgré les motivations qui l'animaient. 

Vivant en accéléré ce qu'il avait vécu jadis je peux facilement me mettre à sa place, mais je constate que dans le cours de son récit, il laisse peu de place à ses sentiments, par pudeur ?... ou par orgueil peut-être ? ... car en ce qui me concerne, combien de fois me suis-je dis : «  Ras le bol !!! ... marre de cette poussière !!!... etc » et je crois que c'est ce genre d'exclamation qu'il a dû, en d'autres termes, proférer plus d'une fois !!! ... 

Une journée « d'exploration » aura suffi pour me faire une idée. Il était temps pour moi de quitter Paklay et de rallier Luang Prabang via Sainyabuli que Mouhot ne mentionne pas, en revanche il parle de Thadeua, qui n'est un petit village de part et d'autre du Mékong que l'on franchit ici grâce à un ferry.

Paklay (42)

Ayant voyagé sur la rive droite du fleuve, il fallait bien à un moment ou un autre le franchir pour pouvoir arriver à Luang Prabang, curieusement, Mouhot n'évoque à aucun moment cette nécessité.

Départ à 7h00 le 18 juin, depuis la « gare routière » sud, il a fallu bien sûr attendre que le taxi brousse ait son quota de passager, largement le temps de prendre un café ... comme j'étais le premier, j'ai pu revendiquer une place dans la cabine à côté du chauffeur. Privilège que personne par la suite n'a contesté; un peu plus de confort et un tout petit peu moins de poussière ... 

Succession de brûlis, de forêts dévastées et, encore et encore, des plantations de maïs et de tek. Chantiers épars, petits villages ocre où nulle vraie activité ne semble se déployer.

Au bout de deux heures, la boîte de vitesse lâche ... tout le monde descend sans qu'on ait garé un tant soit peu le véhicule ... concertation, sac à outils et, en un petit quart d'heure la réparation était faite, je ne sais pas comment, mais cela a tenu jusqu'au bout ...

Vers midi nous arrivons à Sainyabuli. Un bus pour Luang Prabang est annoncé au départ pour 14h00, il ne partira qu'une heure plus tard.

Nous atteignons enfin le Mékong en même temps qu'une grosse averse d'orage et en attendant le ferry sur lequel le bus embarquera tant bien que mal, j'entame une discussion avec M. Kchyang qui m'explique que le niveau si bas du fleuve est dû à la mise en eau relativement récente d'un barrage construit dans le sud de la province du Yunnan en Chine ... ne dit-on pas que la prochaine guerre sera celle de l'eau ? Et je crois que le conflit est déjà commencé ...

Passage du Mekong en ferry a Tha Deua (5)    

De l'autre côté la route en devient vraiment une. Par monts et par vaux, égrainant les villages nous arrivons enfin à Luang Prabang juste avant la nuit, mais comme partout , la gare routière est très éloignée du centre ville et il faudra encore négocier ferme le prix de la course en tuk tuk vers le centre ville où je trouvai sans problème un hébergement, non loin du Mékong.

 

Grotte de Khao Bandai It Phetchaburi (11)

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commentaires

Armand 02/07/2010 22:28


Un petit bonjour d'un autre bout du monde.
Merci Christian de nous faire découvrir ce monde des grands "découvreurs" et de nous donner un peu de rêve. Tes photos sont superbes et tes articles passionnants.
Bien égoïstement il me tarde que tu rentres pour nous faire partager tout cela de vive voix.
Bises à toi.


Tournadre Pat 01/07/2010 19:07


Salut Christian,

Je ne lis pas toute ta "littérature" car tu nous raconteras ça de vive vois en nous présentant tes photos que je regarde avidement et que je trouve super !
Tu te régales , non ?
a+
Pat


A-M 01/07/2010 14:14


Merci pour les photos de vigne!